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Chronique – Disiz, une Rap Machine incontrôlable

Chronique – Disiz, une Rap Machine incontrôlable

Les histoires extraordinaires de Disiz se racontent et se vivent. Passé maître dans l’art du story-telling comme Oxmo Puccino ou Slick Rick dans les 90’s, Disiz dévoile un nouvel opus dont la mécanique fonctionne à merveille, un Rap Machine inspiré, bien produit et solide, qui tourne à plein régime.

Cet album, c’est le 10 ème album d’une carrière déjà longue de 15 années, une oeuvre sensée, sensible et enragée qui montre bien à quel point le Mc d’Evry n’a plus rien à prouver. Avec Le Poisson Rouge, celui que l’on appelait La Peste dépeignait déjà une société gangrenée du haut vers le bas, avec une aisance lyricale et technique à en faire jalouser plus d’un dans le milieu. D’ailleurs, la carrière du bonhomme se suit comme un film ou une vie : la gloire, les coups durs et les remises en question, l’abandon, suivi d’un regain d’oxygène, d’un souffle nouveau, où le rappeur gonflé à bloc s’est finalement décidé à bondir et à prendre position avec détermination.

Pour comprendre l’artiste il faut écouter l’intégralité de ses créations, celles d’un jeune de banlieue dont les maisons de disques ont voulu profiter et qui a décidé de ne pas se laisser faire. Quand l’album Disiz The End annonçait la fin de manière fataliste et que le Mc remettait sa lettre de démission, le rap perdait quelqu’un, l’inspecteur Disiz, l’un de ceux qui connaissent encore aujourd’hui le mieux leur milieu, celui du son, un échappatoire, un micro ouvert destiné au rassemblement des êtres, à l’ouverture sur le monde et à la prise de conscience.

Après son départ, l’ombre du Mc planait tristement au dessus de ceux qui bataillaient déjà, bien avant la série «  Booba VS Rohff & La Fouine « , pour entrer doucement dans ce que de nos jours, tout le monde se complaît à appeler le rap game. Si un essai multicolore, Disiz Peter Punk, était sensé éloigner Disiz de sa discipline élémentaire et devait l’amener vers des horizons nouveaux (les mêmes que ceux de N.E.R.D aux USA à l’époque), le projet n’a, faute de public, pas trouvé le succès escompté, mais a ouvert le personnage à un style plus débridé et multifacetté, qui annonçait déjà la sortie du triptyque fédérateur et halluciné des Lucide, Extra-Lucide et Transe-Lucide, trois opus à la musicalité frappante et aux thèmes vrais.

La suite de tout ça, c’est Rap Machine. Un album puissant commençant très fort avec un titre rageur et tape-du-poing à la prod’ sanglante, Basic Instinct, où le Mc crache ses tripes en même temps que ses craintes et annonce la couleur : si Disiz pète les plombs aujourd’hui, ce n’est pas pour une go ou un Mac Morning.

Si Disiz pète les plombs, c’est parce qu’il sait bien que sa France marche à reculons, et que notre société au potentiel fort se détruit à mesure que la haine gagne des points et que les inégalités creusent un écart toujours plus sombre entre le fort et le faible. On pourrait le croire fataliste ou réactionnaire mais le message qu’il souhaite porter est finalement bien empreint de lucidité et de réflexion, et il s’agit bien là de deux composantes essentielles du Hip-Hop, de deux valeurs qui se perdent. L’album ne parle heureusement pas que de malheurs ou de dures réalités et réserve même un bon lot d’optimisme, nourri à la nostalgie de la culture street (comme sur le titre Hier J’ai Fait un Taf Def) et à la puissance de la jeunesse, celle du titre Bitchiz, ode à la drague, ou d’Oto Moto, piste allumée conçue pour la scène et le foutage de merde. Mention spéciale pour les Ten Crack Commandments de Notorious Big façon SizDi, et pour ce featuring avec Soprano et Youssoupha, qui ne fera sans doute pas bouger les têtes mais en fera frissonner plus d’un.

Rap Machine est un album vivant – jusque dans ses sautes d’humeur – où tous les acteurs ont tenu à donner le meilleur d’eux-même, des producteurs jusqu’aux artistes au micro, en passant par tous les hommes de l’ombre qui ont fait de cet album ce qu’il est : une véritable réussite musicale et textuelle.

« Heureusement » qu’il y a eu le rap dans la vie de Disiz, et heureusement qu’il y a Disiz dans la vie du rap français.

Rap Machine disponible le 1er juin :
http://po.st/RapMachineIT

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