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Chronique – Nekfeu met le FEU

Chronique – Nekfeu met le FEU

Nekfeu a fait bien du chemin depuis 1995, ce crew parisien nourri au Old School et à la nostalgie du boom-bap, qui fit revenir le fond et la forme au premier plan de la peinture rap, et redonna du souffle à une culture hip-hop en berne, insufflant aux jeunes et aux moins jeunes ce goût de la rime et de l’exultation par les mots et le rythme.

En 2008 donc, le jeune débarquait avec sa vision du monde et ses références des 90’s pour dynamiter le milieu et diviser l’auditoire en deux, en trois ou en quatre. Car le mc dérange et gêne par sa facilité. Parlez en autour de vous, et constatez : certains diront de lui qu’il pratique un rap de blanc embourgeoisé, ou d’autres, que sa musique n’a pas de fond, ni de forme, qu’elle ne porte pas de vrais messages. Beaucoup disent détester Nekfeu mais combien l’écoutent en cachette, à l’heure où une population encore trop nombreuse ne l’associe qu’à son équipe du début, 1995, cette même équipe que les gens écoutèrent puis renièrent en un temps record.

Mais, non, Nekfeu n’est plus le même. De son propre aveu, ses morceaux précédents, ses featurings, ses phases enflammées n’étaient en fait que des brouillons, des esquisses aux faux airs de tableaux de maître, qui préparaient déjà doucement l’arrivée de l’album FEU. Doucement ? Oui, car l’artiste à pris du temps. Hyperactif, et bien sûr très malin, il a d’abord multiplié les featurings et les projets avec nombre de collectifs avant de se lancer en solo.

Entre l’Entourage, le 5 Majeur, 1995, le S-Crew, ses apparitions dans des titres comme La Marche ou dans l’album Shtar Academy, le fennek a résolument soigné son approche, en s’assurant de se détacher de son image de petit minet élevé intra-muros, et en prouvant par son flow et ses idées que le rap n’est pas une question de provenance ou de couleur de peau. En s’alignant sur un tas de projets, en travaillant la forme et en jouant avec facilité sur des instrumentaux tantôt classiques, tantôt trap, tantôt expérimentaux, l’homme a d’abord fait en sorte de devenir incontournable. Ultra productif, inspiré parmi les inspirés, le monsieur a choisi d’attendre, encore et encore, avant de sortir un album déjà adulé par la critique, qu’elle vienne d’en haut ( les Inrocks, Le Monde ) ou d’en bas.

Il faut dire que, bien entouré, il a su chaque fois se lancer au bon moment. En amenant ses textes sur des productions exceptionnelles, il mêle technique et qualité, sens et raison. On parle ici d’une oeuvre nourrie au spleen, vectrice d’un espoir cerné de paradoxes, bousillé par le pessimisme et brouillé par la vision triste et malsaine de cette jeunesse qui s’évertue à se tuer, se tire vers le bas en pensant le haut inatteignable, et qui, sans cesse pensive, cherche à comprendre son environnement.

Finalement, Nekfeu renvoit le rappeur à son emploi primaire, celui de penseur, et dépeint avec exactitude la vie mondaine et son absurdité, cette quête du gâchis que les fortunés perdus ont en commun avec les pauvres désarçonnés. En abordant les thèmes de la drogue, de la précarité, ou au contraire de la jeunesse dorée qui se brûle les ailes à chaque ligne, Nek ravive la flamme, celle du sentiment humain et de la déchirure de vivre, quelque part où les inégalités rodent en nombre et où beaucoup cherchent désespérément leur place.

On parle ici d’un adulescent devenu adulte, d’une jeune pousse devenue rosier, qui ébahi par son arrogance et pique avec les ronces que sont ses mots. Avec FEU, on parlera d’un buisson ardent, d’un album qui, de la piste 1 à la piste 18, brûle sans jamais se consumer.

Adieu le simple boom-bap, dites bonjour à des productions enflammées, parmi les meilleures compositions de l’année. Le flow toujours renouvelé s’ajoute à des textes corrosifs et acides, richissimes de par leurs rimes et leurs évocations ( le titre  » Tempête  » dont nous vous parlions cette semaine ) qui viennent parfaire ce savant mélange, pincé de dureté et d’imagination positive. On s’attendait à quelque chose de bon, quelque chose d’intéressant, mais il faut se rendre à l’évidence, FEU est sans doute la meilleure sortie rap de l’année. Un condensé de culture, d’envie, d’ambition, ombre d’un esprit Hip-Hop exhacerbé, celui de Nekfeu, pyromane textuel et cérébral, dont l’album sorti aujourd’hui risque de répandre ses cendres durant quelques années, au moins. D’ici là, il sera sur scène le 22 août prochain au Dock des Suds pour le POSITIV Festival aux côtés de Zeds Dead, Joke, Hudson Mohawke, Odesza, Tchami, What So Not et bien d’autres ! Places à gagner ici.

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3 comments

  • La chronique est tellement plus belle que l’album :,D. Avec le « spleen » etc on croirait parler de Baudelaire. Vous devriez vous lancer dans le commentaire littéraire 😛
    Je rigole bien sur Nekfeu est très bon malgré l’engouement un peu fort sur l’album 😉

    • L’engouement est plus que normal, le suivant depuis des années et ayant écouté une très grosse partie de ses sons je peux te dire que ce gars là est à part, vraiment

  • il faut preciser qu’il a fait du plagiat de rufyo

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