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Chronique – Pont des Arts : pourquoi le Street Art y a-t-il sa place

Il y a quelques jours, et malgré les nombreuses protestations venues du monde entier, le Pont des Arts se voyait soulagé du poids de ses célèbres cadenas ; symboles de l’amour, ces derniers ont en effet laissé la place à l’art, et plus précisément au street art. Une décision émanant de la Mairie de Paris, qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

[CHRONIQUE] Pont des Arts : pourquoi le Street Art y a-t-il sa place

Un mouvement à part entière

Apparu dans le métro américain à la fin des années 60, le street art ne tarde pas à faire son arrivée en France et s’installe doucement à partir de mai 68, période propice au détournement des règles, à la liberté d’expression et à la revendication. Car c’est bien de tout cela dont il est question quand on parle d’art urbain : se jouer des lois et peindre dans la précipitation pour faire passer un message, délivrer des œuvres mouvementées – dans tous les sens du terme – et faire entendre sa voix, aux dépens de ceux qui voudraient la faire taire. Procurant à ses adeptes une certaine sensation de liberté, ce nouveau moyen d’expression plait, attire et motive bon nombre d’artistes dans le courant des années 80. Alors que certains s’adonnent au tag, d’autres développent le graffiti et les murs des villes françaises se recouvrent petit à petit d’œuvres toujours plus recherchées et résolument vivantes. Mais comme toute nouveauté, le street art, à l’instar des courants artistiques l’ayant précédé, doit rapidement se heurter au mécontentement des passants et des autorités : trop longtemps considéré comme du simple vandalisme, le mouvement se développe plus ou moins dans l’ombre jusqu’en juillet 2009, date à laquelle la fondation Cartier accueille « Né dans la rue », une exposition collective permettant au street art d’être – enfin – officiellement reconnu comme un mouvement artistique à part entière.

[CHRONIQUE] Pont des Arts : pourquoi le Street Art y a-t-il sa place

Pas assez bien pour le Pont des Arts ?

Malheureusement, la reconnaissance n’est pas suffisante pour que ce jeune mouvement soit accepté de tous : toujours entaché d’une certaine impopularité, le street art n’a, pour certains « défenseurs » de l’art et du patrimoine, rien à faire sur le Pont des Arts ; « impropre », « médiocre », ou « cauchemar » sont ainsi utilisés sur les réseaux sociaux ainsi que certains sites web depuis plusieurs jours pour qualifier les œuvres installées le 5 juin dernier sur le fameux pont parisien. Mais ce que les détracteurs semblent oublier un peu trop rapidement, c’est que ces mêmes qualificatifs ont été attribués – et ce depuis que l’art existe – aux travaux de nombreux artistes, aujourd’hui incontournables ; les Manet, Courbet, Pissarro, Cezanne, Picasso ou Duchamp, pour ne citer qu’eux, cantonnés au Salon des Refusés pour les uns, décriés ou méprisés pour les autres, et, ironie du sort, désormais considérés comme de grands maîtres, tous gratifiés de chapitres entiers dans les livres d’Histoire de l’Art. Discipline en mouvement perpétuel, il faut en effet accepter que l’art change, évolue et suive de nouvelles voies, quitte à faire quelques mécontents au passage…

[CHRONIQUE] Pont des Arts : pourquoi le Street Art y a-t-il sa place

On ne peut pas plaire à tout le monde

Bien sûr, nous avons tous le droit de ne pas aimer ou de ne pas nécessairement nous reconnaître dans les œuvres choisies pour habiller le Pont des Arts : l’art, quel qu’il soit, reste très subjectif et ne peut en aucun cas parler à tout le monde sans exception. Mais force est de constater que le projet commandé par la Mairie de Paris et mis sur pied par Mehdi Ben Cheikh de la Galerie Itinerrance – déjà à l’origine de la Tour Paris 13 et de Djerbahood – en collaboration avec des artistes tels que Pantonio, Jace et ses Gouzoux ou encore El Seed, est une excellente idée : quoi de mieux que d’inviter l’art sur le Pont des Arts ? Paré de milles couleurs jusqu’à l’installation définitive de panneaux de verre cet automne, le célèbre pont n’aura sans doute jamais aussi bien porté son nom ! Espérons simplement que cette initiative sera la première d’une longue série et que la Ville de Paris, à l’image de sa comparse Bruxelles, saura mettre le street art en valeur et lui donner enfin la place qu’il mérite !

Crédit photos : ufunk.net  

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