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Interview : Manast LL’ pour TRENDS

Interview : Manast LL’ pour TRENDS

Révélation d’un genre musical décomplexé et bien plus américain que Français, Manast LL’ a déjà été  adoubé outre-Atlantique par les références que sont The Fader, Complex ou Pigeons & Planes. Son nouvel EP, Forty Two Stories, sorti sur le label Kitsuné le 24 février dernier est le fruit du travail – et de la passion – de 5 artistes et amis et souffle un vent nouveau et définitivement frais sur le paysage musical français. Interview sincère d’une valeur montante et du crew Astrolabe Musique, producteurs de l’EP, pour parler musique, business, France, Monde, attitude et passion.

TRENDS – Salut Manast LL’, est-ce que tu peux te présenter pour TRENDS ?

Manast LL’ : J’ai 22 ans, je viens d’Orléans, sur Paris depuis 3 ans. Mes amis m’appellent Flo, sur internet, c’est Manast LL’.

Tu peux nous parler de ton EP, Forty Two Stories ?

M : Forty Two Stories, c’est un EP qui a été fait à 5, avec mes trois gars d’Astrolabe Musique et Jeune Faune. Le départ de ce projet, c’est d’abord des retrouvailles de 10 jours à Saint-Etienne. On a fait de la musique pendant une semaine entière entre le grenier de Vince, notre « Donjon », l’appart de mon pote Alex ou au studio de son père.  On faisait juste de la musique, et on a pas vraiment choisi de direction au départ. On se connaît, on est tous des amis assez proches. Je connais les influences d’Alex, celles de Boris, de Vince (les trois producteurs d’Astrolabe), de Jeune Faune, on se connaît entre nous. Du coup, on sait un peu ce qu’on veut faire sans avoir besoin de se parler.

Astrolabe Musique : On avait juste envie de faire de la musique ensemble. On savait ce que chacun aimait et on a pensé notre musique pour tout le monde. On savait par exemple que pour Krog N Talk, on allait laisser de la place pour Manast et Jeune Faune.

M : C’est assez organique comme taff. Il n’y a pas vraiment de calcul. Sur Don’t Bother Me Je me souviens que Boris m’avait dit « j’aimerais bien que ça respire, qu’il y ait vraiment de la place pour l’instru ». Et c’est ce qu’on a fait, sans réfléchir. J’ai essayé de poser sans trop prendre de place, au niveau du flow, des phrases et, c’est juste la meilleure chose à faire, en fait. C’est beaucoup de spontanéité. Par exemple, sur le premier son, j’ai juste trouvé le rythme et mis les mots qui convenaient. J’ai raconté une histoire, simplement. Aujourd’hui c’est le son que je préfère encore. C’est le plus authentique.

Ta musique est assez moderne, riche de tas d’influences. Tu rappes aussi en anglais. Ça vient d’où, ça, au départ ?

M : C’est ce qui m’a toujours le plus intéressé. La culture française ne m’a jamais réellement captivé.

T’écoutais pas de rap français, ce genre de choses ?

M : Si ! Mais ça me touchait pas autant. Ça m’a jamais touché comme la musique américaine peut me toucher. Y’a un truc beaucoup plus communautaire, culturel. Boris et moi par exemple, on s’est rencontré sur un camp de basket mais, au final, on se comprend trop musicalement. Quand on danse, c’est pareil, il y a une connexion. C’est un truc que j’ai jamais pu retrouver que dans la musique cainri. C’est une affaire d’attitude.

Et tu trouves pas que le rap Français commence à trouver son attitude, justement ?

M : Si, maintenant ! Et encore, c’est pas vraiment très intéressant je trouve. En fait, les cainris ont toujours eu une attitude. Et cette attitude, tu la connais. Si tu écoutes du Rap / RnB East Coast, ou south, ou west, tu sais le reconnaître. Même si aujourd’hui tout le monde se mélange un peu et que c’est plus compliqué de savoir si le mec vient de Toronto ou de L.A, il y a quelque chose. En France, ça a trop longtemps été une affaire de message. Mais en vrai, je connais pas, je peux pas trop en parler. Le rap français a sûrement quelque chose, mais comme ça ne me plait pas, je cherche pas à comprendre.

J’ai entendu dans une interview que tu as donné au Mouv’ que des gens avaient arrêté de bosser avec toi parce que tu posais en anglais. Est-ce que ça traduit pas aussi un problème qu’à le public français pour ces artistes qui décident de prendre des chemins différents ?

M : Ouais, y’a peut-être un problème en France à ce niveau, je ne sais pas. Aujourd’hui, j’essaie de voir les choses du bon côté. C’est pas vraiment la France que j’ai envie de toucher, même si j’ai envie de faire des choses ici. C’est vraiment une question d’ouverture d’esprit. Ici, elle est différente de celle des Pays-Bas ou des pays scandinaves, ou de Londres…

Pourtant, aujourd’hui, je ne suis plus frustré. J’ai bossé avec des gars qui sont aux USA, au Canada, et ils me valident. Donc, en vrai, si eux me valident et que les français ne le font pas, c’est que c’est eux qui ont un problème.

Parlons validation, justement… Tu as été félicité par de nombreux médias, en France ou à l’étranger. The Fader par deux fois, Complex, Pigeons & Planes… et tout ça très vite. Qu’est ce que ça vous a fait, ce succès, d’un coup ?

M : En vrai, ça fait vraiment plaisir. On se dit qu’ils doivent trouver ça intéressant. Ils doivent se dire « Ah, c’est des Français. Ils font une musique différente de ce que peux proposer la musique française, y’a un français qui pose en anglais, un autre qui chante… Astrolabe Musique, c’est aussi un mystère, on sait pas si ils sont trois ou tout seul… » En vrai, c’est juste vraiment cool, et ça fait très plaisir.

Manast LL’, c’est donc une seule personne entouré d’une grande famille d’artistes ?

M :  Oui. Jeune Faune écrit, interprète. Pareil pour moi. Après on fait des concerts, Alex, Bo et Vince produisent. C’est pour ça que j’insiste sur le fait que cet EP a été fait à 5, même si Manast, c’est moi. Parfois, je vais écrire des lines, mais c’est Alex qui va avoir trouvé le flow. On est tous ultra-complémentaires.

Et cette rencontre vient d’où ?

Astrolabe Music :

Boris : A propos d’Astrolabe Music, Vincent et moi sommes cousins. Vincent vient de Saint Etienne, moi de Paris. On s’est toujours vu depuis qu’on est tout petit. Vincent faisait de la batterie, il faisait de la musique avec Alexandre, sur machines. Au départ, ils étaient deux. Et puis, par amour du son, j’ai fini par les rejoindre, y’a trois ans. Vincent m’a dit « donne moi des idées, je retranscris ». Ça m’a donné envie d’acheter une machine.

Alex : Il a kiffé une prod que j’ai fait. Et il m’a présenté Manast. On a commencé à faire du son, à pas mal traîner ensemble. On est devenu potes, on s’est dit qu’il fallait qu’on pousse le délire, qu’on fasse un vrai projet à 5. Et cet EP, c’est le fruit de tout ça.

J’imagine que ce genre d’ambiance amène à beaucoup de productivité ? Vous avez beaucoup de sons en réserve ?

M : Alors, par exemple, les deux sons qui sont dans l’EP Prélude devaient figurer dans celui-là. Ça ne s’est pas fait. Je ne sais pas si c’est parce qu’on s’était dit qu’il étaient moins bons ou si c’est parce qu’on s’était dit qu’on allait se focus sur d’autres. Il y avait aussi cette question d’argent, parce que ça coûte assez cher de mixer, etc. Donc il fallait choisir. On a fini par les mettre de côté, puis par les réécouter… on s’est dit que c’était cool, alors on les a mis dans un EP à part.

On m’a dit en off qu’il y avait une histoire très drôle derrière un des sons de cet EP !

M :  Y’a une histoire derrière chaque son en vrai ! (rires) Mais c’est vrai que l’histoire derrière U Famous ? est assez drôle. C’est à propos d’une meuf totalement tarée qu’on a rencontré, nous parlait de célébrité et se la racontait beaucoup. On a beaucoup ri ce soir là. Et on en a fait un son.

L’aspect visuel est aussi bien travaillé que le son. Il y a quelque chose de différent, une vraie empreinte artistique ici aussi. Tout le monde participe à ça ?

M : On a un pote, SoimSoimSoimSoim, qui fait mes covers depuis un long moment, et avec qui j’ai la même relation qu’avec les autres. Tout est très organique, je lui donne des idées, il balance un truc, c’est assez simple. En général, c’est des photos de meufs qu’on nous envoie, ou des meufs connues, qui se transforment en cover.

Tu m’as dit que tu n’avais pas vraiment envie de réussir en France, ou en tout cas, de faire du business ici.

M : C’est bien que tu dises « business » parcequ’en vrai, ici, y’a pas de bizz. Personne n’a envie de faire de l’argent ici. J’ai l’impression que c’est contrôlé, c’est chelou. Dès que tu commences à faire ton oseille, l’état vient mettre son nez dedans… J’ai pas du tout envie de faire mon bizz en France. Franchement, partout ailleurs sauf ici. Angleterre, Canada… Et je te dis ça, mais vu comme le monde est à l’heure actuelle je n’en ai aucune idée. J’essaie de vivre, sans trop me poser de questions. Je pense que la musique m’emmènera là où je dois aller. Et ce sera pas en France.

Et les USA ?

M : Les USA, même si c’est niqué en ce moment, ceux qui y font de l’oseille continuent et continueront d’en faire énormément, même si le président est débile. En France, tu peux pas faire ton argent et les débiles commencent de plus en plus à revendiquer leur débilité. Ici, c’est admis désormais. Tu peux être débile, c’est pas un problème. Quand je te dis débile, je pense que tu vois de quoi je parle avec tout ce qui se passe en ce moment. En tout cas, ça me fait plus flipper ici que là-bas.

Et le lifestyle de Manast ?

M : Comme tout le monde, on fait de la musique, on fume de la weed, on fait la fête, on va danser.

La danse, c’est d’ailleurs le petit problème à Paris. Y’a très peu d’endroits où tu peux aller t’amuser sans te poser de questions. Tu peux pas trop transpirer, tu dois toujours être frais, faire attention, être dans un concours entre les gens.

Justement, pour parler un peu de scène, tu as pu te produire au Pitchfork Avant-Garde, aux Bains… Comment est-ce que tu vis la scène, comme expérience ?

M : C’est vraiment un sentiment de redonner une autre vie à mes sons. Les faire revivre d’une manière différente. Les sons que tu pourrais écouter d’une certaine façon, tu vas les percevoir d’une toute autre manière lors d’un live. J’ai toujours été impressionné par les artistes qui savent redonner une autre dimension à leurs sons. Personnellement, je vois la scène comme un jour de match. Quand tu fais des sons tu t’entraînes, et quand tu vas sur scène tu combats. En vrai, c’est trop cool. Cette connexion que t’as avec le public. Si le public est pas con, qu’il a vraiment envie de s’amuser, ça devient un miroir. Et plus tu vas faire la fête, plus il va la faire avec toi.

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Et ce nouveau public t’a bien accueilli ?

M : Le public, c’est mes gars. Si ils n’étaient pas là pour sauter, pour chanter par cœur… Je passerais plus de temps à sauter tout seul qu’autre chose. C’est un peu le côté relou, quand t’as pas une grande fanbase. Mais c’est à ça que servent les potes. Après, à La Maroquinerie, j’ai vu des gens que je connaissais pas sauter et se déchaîner ! C’était dingue.

Qu’est ce que vous attendez de Fourty Two Stories, votre très bon EP ?

Manast : On en attend rien, on l’a fait entre nous, pour nous.

AM: Boris : Tant que ça plait et que les gens s’identifient au projet, que des gens nous disent « vous avez fait de la bonne musique, merci », ça nous convient. On s’attendait même pas à ce que ça soit relayé par tant de médias, on est content.

Alex : En réalité, on est heureux là. On s’est jamais dit que ça se passerait comme ça. On voulait le mettre sur Soundcloud, point.

Manast : Ouais, à la base, l’EP devait s’appeler Summer Camp. C’était dix jours de son intensif, en été.  Et on le ressent. Il y a cette différence entre les artistes qui veulent à tout prix percer et qui du coup n’en sont pas, et ceux qui font de la musique par passion. Si tu réussis à faire ta musique et qu’en plus ça plait… c’est juste le summum.

Où est-ce que vous vous voyez dans dix ans ?

M : Je me projette même pas dans une heure ! (rires)

AM : S’épanouir professionnellement, ou dans la musique. S’épanouir, tout simplement. Et un peu d’argent, quand même.

Des projets en vue ?

M  : Yes, on bosse tous sur des projets perso, des singles, des EP… mais pas encore de date de prévue.

AM : On aimerait bien sortir un EP, c’est notre objectif du moment. On prend notre temps. On veut faire un truc qu’on aime, passer du temps dessus, et on verra.

L’EP Fourty Two Stories de Manast LL’ est disponible depuis le 24 Février sur  iTunes et sur toutes les plateformes de téléchargement dignes de ce nom. 

 

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