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Les Femmes du RAP : M.I.A.

M.I.A., l’expression artistique avant tout

Une fois n’étant pas coutume, notre dossier les femmes du rap traverse la manche et va à la rencontre de la rappeuse M.I.A.. La genèse de cette dernière est très simple : enfant, sa famille se réfugiât à Londres pour fuir les massacres ethniques Cingalais à l’encontre de la communauté minoritaire Tamouls. En Angleterre, la jeune fille suit des courts de cinéma et vidéo à la prestigieuse école de Saint Martins. De son propre aveu, l’utilité de cette formation fut grandement rendu inutile à cause/grâce à l’émergence au même moment de logiciels dans la veine de Photoshop et d’internet. Malgré cela, M.I.A. à quand même produits au moins deux travaux, le premier traitant de la guerre civile Sri Lankaise et des cassettes vidéos circulant sous le manteau, dans les génériques desquels on apercevait la liste lugubre des personnes M.I.A., pour Missing In Action. Le second quant à lui, est une série de photos autour d’Elastica et plusieurs artworks pour ce même groupe, dont l’artiste était fan. Mais c’est en passant par le street art, puis à la musique en 2005 que Mathangi « Maya » Arulpragasam trouve le moyen de s’exprimer complètement.

Arular et Kala

Lorsque M.I.A. fricote avec Diplo en 2004, ils finissent par produire une mixtape (Piracy Funds Terrorism) entre mêlant sans vergogne hip hop, dancehall et punk. Très vite, le succès critique est au rendez-vous et la rappeuse enchaine sur un premier album, intitulé Arular (d’après le pseudonyme utilisé par son père dans ses livres révolutionnaires). Porté par des succès tels que Galang ou encore Sunshowers, l’album s’acharne à appelé à la révolution et évidemment, les mentions de la guerre civile Sri Lankaise y sont pléthores. Graphiquement déjà, on y repère des éléments clefs à M.I.A. à savoir  le tigre (symbole de l’armée de libération Tamoule), les couleurs criardes ou encore tout un esthétisme provoqué par la rencontre des mondes occidentaux et orientaux.

Alors, quand l’artiste frappe à nouveau à la porte des radios en 2007, avec l’opus Kala, M.I.A. est prête à sérieusement en découdre. Cette fois-ci, Kala est une référence au nom de sa mère (et à la couleur noire) et s’offre comme une véritable apologie de la mondialisation façon pays émergeant. Comprendre que l’album a été enregistré dans les quatre coins du monde et fait appel aux talents de vidéastes, de danseurs et de musiciens venant de la terre entière, pour façonner un opus diversifié et surpuissant. Paper Planes, le titre qui positionne la chanteuse dans toutes les oreilles du monde, dénonce le statut d’immigrant et le caractère arbitraire des visas. Alors que Jimmy empruntes des codes musicaux propres à Bollywood (c’est même une reprise tirée d’un film), quand les titres Hussle et 20 Dollar dénoncent les écarts de niveaux de vies et d’attentes sociales entres l’occident et l’orient.

Provocatrice ou éveilleuse de conscience ?

C’est un constat, peu de personnes peuvent réellement se vanter d’avoir le même éclectisme musicale. De fait, M.I.A. n’a pas à « se justifier » d’être une femme pour exister artistiquement, tant ses créations sont affirmées. C’est que l’artiste dénonce à tour de bras les dérives capitalistes, le nombrilisme occidental ou encore l’hypocrisie des médias. D’ailleurs avec la vidéo du single Born Free, réalisé par Romain Gavras, dans lequel de jeunes enfants et hommes roux sont systématiquement éliminés de façon ultra-violente. L’artiste essayait d’attirer l’attention sur les massacres perpétrés de par le monde, (notamment au Sri Lanka) en mettant en image la vacuité de l’hyper violence de notre quotidien et la sélectivité des informations auxquelles nous souhaitons être sensible.

L’album dont est tiré le titre, marque aussi un tournant dans la carrière de l’artiste : il positionne internet comme un acteur artistiques prépondérant dans la vision de la musicienne. Son approche de l’outil internet devient alors tour à tour anxiogène (XXXO) ou naïve (It Takes a Muscle), quant il ne détourne pas les codes de la culture pop en ligne. Et M.I.A. finit même par embrasser totalement sa forme d’activisme musicale en offrant à sa carrière une mixtape disponible en téléchargement gratuit et faisant référence à WikiLeaks et Julien Assange : Vicki Leeks.

De Matangi à Matahdatah


En 2013, l’artiste marque son retour avec un opus lourdement produit et dont l’annonce c’est faite par l’intervention live (via Skype) de ce même Julien Assange. On y retrouve le titre Bad Girls produit par Danja et des collaborations avec Switch, The Partysquad ou encore Surkin ! Parallèlement, l’artiste qui a toujours entretenue une relation particulière avec la mode, sort une capsule chez Kenzo : des contrefaçons officielles de contrefaçons de Kenzo. Enfin, depuis la sortie de l’EP Matahdatah Scroll 01 Broader Than a Border en juillet 2015, M.I.A. a annoncé l’arrivée prochaine d’un futur album intitulé Matahdatah. Le premier extrait Swords reprends des éléments musicaux traditionnels indiens et sample des sons d’épées s’entrechoquant en rythme. De quoi exciter les oreilles de ses fans.

Naissance d’une icône ?

Si le concept d’icône est par essence à l’opposée de ce que peu prôner l’artiste, force est de constater que M.IA. possède tous les prérequis nécessaire pour accéder à ce statut. Si comparativement à ses comparses américaines, on ne remet jamais en cause sa position dans la musique à cause de son genre, la musicienne en impose de par son univers artistique bouleversant les codes et les supports. Musique, mode, dessins, collages, films, clips, photos et autres projets artistiques mêlant internet et logiciels d’éditions sont autant de domaine dans lesquels elle évolue. D’autant plus, qu’elle réussit à mettre en écho tous ses élans artistiques, pour former une immense nébuleuse gravitant autour de ses croyances profondes.

La discographie de M.I.A. est disponible ici.

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