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Avec « Deux frères », le duo PNL s’ancre-t-il de nouveau dans la légende ?

«Dans le rap français, jamais un album n’aura été aussi attendu », constate le critique musical Olivier Cachin. Victime, d’abord d’une fuite, ensuite de son succès, le quatrième opus de PNL, « Deux frères », est déjà pressenti pour s’inscrire une nouvelle fois dans l’Histoire du rap français, assurément – international, probablement.  

Il était une fois, deux frères, deux légendes…

Rares sont les artistes de rap français qui parviennent à étendre leur succès au-delà des frontières hexagonales pour conquérir les ondes planétaires. Mais eux l’avaient prédit, « Le Monde ou rien ». Et depuis 2014, Tarik et Nabil Andrieu, aussi connus sous les noms d’Ademo et N.O.S, se livrent à une conquête du globe, armés d’une stratégie dont eux seuls ont le secret. Apparitions mesurées au compte-gouttes, construction d’un mythe autour d’un lourd vécu, un style fraîchement importé d’outre-Atlantique que peu parviennent à imiter en France, une identité visuelle puissante ; sur la route du succès, PNL a fait un sans faute. Si bien que, le PDG de Youtube, Lyor Cohen, qualifiaient les deux rappeurs de meilleurs artistes que la France ait jamais connu. Et qui irait le contredire ? Sûrement pas la presse internationale, qui a elle aussi fait pleuvoir une ruée de compliments sur les deux artistes, visiblement adulés aux quatre coins de la planète.

Pourtant, rien ne prédestinait les deux hommes à briller d’un feu aussi ardent. Leur passé de dealer n’étant un secret pour personne, Ademo et N.O.S sont parvenus à s’émanciper d’une vie marquée par le crime et la précarité sociale pour gagner les charts. Trop habitués à fréquenter les bas des bâtiments, ironiquement, les deux hommes ne connaîtront plus que les sommets des classements. « Que La Famille », « Le Monde Chico » rafleront les récompenses et les éloges de la presse spécialiste, notamment le titre « Le Monde ou Rien », qui confirme dès lors le potentiel artistique et commercial des rappeurs. Tarik et Nabil, prédiront alors un second tournant dans leur carrière en nommant leur troisième opus « Dans la légende », qui, en s’écoulant à plus de 800 000 exemplaires, remportera un disque de diamant, et inscrira le groupe totalement indépendant, dans l’histoire. Avec leur quatrième album, « Deux Frères », PNL continuent leur ascension – jusqu’où ? –  en brisant tous les records. Leurs trois premiers singles, « À l’ammoniaque » sorti en Juin 2018, suivi de « 91’s », et du très récent « Au DD », surplombent tous les records sur Youtube et Spotify, et annoncent déjà le succès certain du futur album.

On prend les mêmes et on recommence

Ademo et N.O.S annonçaient il y a deux semaines l’arrivée du clip « Au DD » avec un live Youtube rythmé d’indices difficilement déchiffrables, qui durera près de 20 heures. 48h après sa sortie, le métrage qui met en scène les deux frères au sommet de la Tour Eiffel fédèrera plus de 20 millions de vues, et le titre deviendra le premier morceau de rap français à intégrer le top 30 mondial des morceaux les plus streamés sur Spotify. PNL ont saisi le pouvoir de leur stratégie de communication, soit l’art de combiner rareté, luxe et disruption – selon les chercheurs en science de gestion – qui leur permet de captiver toutes les attentions depuis 2015.

Annoncé en clôture du clip « Au DD », c’est tout naturellement que l’album « Deux frères » vient avec son lot d’interrogations, de surprises, et d’enseignements stratégiques. Car si les deux hommes ont le secret d’une communication qui visiblement fonctionne, ils maîtrisent sans conteste un style musical et visuel qui continue de bousculer le paysage musical urbain. « Nos clips méritent le festival de Cannes » s’amusait à rapper Ademo dans «PNL » (« Que la famille », 2014), et le rappelle dès Juin 2018 avec le visuel qui accompagne « A l’ammoniaque », concocté par le trio Kim Chapiron, KameraMeha, Mess. « Au DD » comptabilise aujourd’hui plus de 30 millions de vues, passés de leur tour de HLM, à la plus belle tour du monde, PNL continue de prendre de la valeur… et de la hauteur. Une élévation qui ne cesse de croître avec la douce nostalgie de « Deux frères ».

Une ode à la mélancolie et à la fraternité

Trois ans après la sortie de leur troisième projet, on redécouvre le duo de Corbeil-Essonnes dans un écrin de sonorités qui reflètent avec précision leur univers qui ébranlait en 2014 la planète rap française. À contre-courant des autres rappeurs, dans une ère où la trap était à son apogée, le duo PNL soufflait un vent nouveau sur le paysage urbain, en prônant un cloud rap, caractérisé par des mélodies planantes, et des textes où mélancolie et spleen invitent les esprits à voyager au cœur de leur pensées, parfois sombres, parfois pleines de lumière. Habitués à crier leur rage et leur soif de vaincre dans leurs précédents disques, Ademo et N.O.S abandonnent ici leur rêve de gloire, et déplorent l’ennui que leur cause cette nouvelle vie, qui finalement ne vaut pas la peine d’être vécue si le reste de leur famille vit dans la souffrance. Dans « Zoulou Tchaing » Nabil confesse, « Même si je meurs sur une plage, j’suis niqué pour la vie, parce-que ceux que j’aime ont la haine », quand Tarik regrette le temps perdu à courir après l’argent, « Malgré tous ces billets, j’rattraperai jamais ce temps ».

Tout au long du projet, les « deux fauves » comme ils se nomment, chantent une ode à leur vie d’avant (« Autre Monde », « La Misère est si belle », « Cœurs »), et à la misère qui les a bercés avant qu’ils ne connaissent le succès et ses vices cachés ; le faux intérêt/amour des gens qu’ils côtoient, ou la distance qu’ils prennent avec leur « TZoo » (Tarterêts) et leur famille. « Maintenant je remplis des salles, mais tu sais ma vie me manque » confie N.O.S. Dans cette vie tourmentée, la foi demeure un exutoire, un moyen pour les deux hommes de vaincre leurs « démons » et leurs « peines », et une chance de se racheter auprès de leur « Créateur », « Cœur pas si blanc, et j’prie pourtant », avoue Tarik sur « Blanka ».

Bien que le nihilisme made in PNL n’ait rien d’inédit, on perçoit une nouvelle facette des deux frères, qui s’expriment d’une manière plus véritable sur leur relation fraternelle. « J’ai aimé mon frère plus que ma vie, comme me l’a appris mon père », « On s’en sort ou on crève à deux », « Papa nous a pris tête contre tête nous a dit je veux un amour de fer » : il ne fait aucun doute que ce que les rappeurs veulent faire ressortir de cet album est le lien infrangible qui les unit. Bien plus introspectif que « Le Monde Chico » ou « Dans la légende », « Deux frères » lèvent le voile sur une sensibilité que les rappeurs ont pour habitude de taire, pour s’exprimer d’une manière plus profonde, notamment au sujet de leur père. « Baba, pour ton sourire, j’donnerais ma vie, et p’t-être même ma place au paradis ».

C’est peut-être leur « dernier bum-al », peut-être l’avant dernier, quoi qu’il en soit, Ademo et N.O.S ont inscrit leurs noms dans une légende : celle de deux frères, deux âmes que tout lie, de l’histoire au talent, qui reviennent plus unis que jamais pour faire ce qu’ils font de mieux, s’emparer des ondes et du monde.

Article rédigé par Anaïs Merad

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