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Interviews

Kemmler : « Avec une histoire d’amour, tu peux faire dix albums »

Après avoir révélé son romantique album ‘Rose’ l’année passée, Kemmler est de retour pour aborder des sujets plus sombres au sein de son nouveau projet : ‘Gris’.

Natif de Marseille, partisan du rap à texte, amoureux de l’amour, Kemmler est un artiste unique en son genre. Ne se mettant pas de barrière, l’artiste qui estime « ne pas avoir la prétention de se considérer chanteur » explore cependant diverses mélodies et fait état d’un bel éclectisme dans sa discographie. En 2018, il sortait d’ailleurs son premier et romantique album ‘Rose’, dont la cover mystérieusement monochrome et minimaliste était destinée à ce que toute l’attention soit portée sur son contenu. Aujourd’hui, Kemmler se dévoile un peu plus avec Gris, un projet à la couleur bien différente du précédent et dans lequel il n’hésite pas à se livrer à coeur ouvert. Et ce, avant d’avoir régalé sa communauté durant tout le confinement avec sa série d’inédits #CestKem initiée sur Instagram. Aujourd’hui, Kemmler se confie à TRENDS sur son nouveau projet, son vécu ou encore le lien qu’il entretient avec sa communauté.

TRENDS : Enchanté Kemmler ! Est-ce que le confinement t’a permis d’être plus productif, plus créatif ? 

Bah écoute, ça a été l’occasion de beaucoup plus taffer. Ca n’a pas changé énormément de trucs pour moi, parce que je suis pas mal casanier. Par contre ça a changé mes méthodes de travail, parce que j’ai été obligé de travailler à distance. Après moi, mon studio il est à 50m de chez moi, j’ai juste à traverser la rue, mais mon ingé son était pas sur Marseille donc je pouvais pas y aller. Ce qui m’a vraiment manqué, c’est ma famille. Au delà de ça, d’un point de vue professionnel c’était plutôt positif. 

D’ailleurs, ça t’a permis d’imaginer de nouveaux concepts, tu peux m’en parler ?

Ouais ce sont des trucs qui sont venus tous seuls à force de regarder les interactions que j’avais avec les abonnés et tout ça. Je me suis dit que c’était un bon moyen de garder le lien, sans forcément attendre la sortie d’un projet un peu plus consistant. Moi j’écris vraiment tous les jours, donc les textes j’en manque pas et autant écrire sur et pour le moment présent. 

Ton public t’aides dans tes créations ?

Je crois, je me base beaucoup sur leurs avis, leurs idées, je leur pose souvent des questions et au final ça me donne des idées pour mes sorties d’album. Donc ouais c’est vrai qu’à chaque fois, c’est une aide en plus. 

crédit photo : Fifou

Quand as-tu débuté la musique ? 

J’ai commencé au collège en troisième, par le biais d’ateliers d’écriture. Entre 12 et 14H il y avait un gars qui proposait ces ateliers d’écriture rap, ça a bien marché jusqu’à développer des battles de rap dans la cour… Au début on y allait parce qu’on se faisait chier et qu’il y avait pas grand chose à faire après la cantine entre potes et en fait c’est devenu une vraie addiction pour moi. Pas pour tous mes potes, parce que certains y allaient parce que c’était cool et marrant, mais pour moi c’est devenu une vraie passion, notamment parce que je savais pas du tout quoi faire de ma vie. Ca a été un déclic total. 

A quel moment tu as décidé de te professionnaliser ? D’ailleurs tu faisais quoi avant ? 

Ca s’est fait assez récemment. Parce qu’en 2016 j’ai sorti un titre qui s’appelle C’est l’heure, où je fais tout moi-même, l’écriture, le clip, la prod… C’était à l’époque où Facebook était encore le réseau fort et ça avait été partagé par une page rap que j’avais contacté plus tôt. Très vite, je me suis retrouvé à avoir énormément de messages et plusieurs propositions de labels indépendants. C’est là que ça a commencé, mon manager actuel m’a contacté et m’a demandé de quitter mon taff pour bosser un album. Finalement, ça a abouti à la signature chez Def Jam et ça a été un vrai changement de vie pour moi.

Tu faisais quoi avant de faire de la musique ?

J’ai fait des milliers de taffs, que j’ai toujours détesté (rires). Mais malgré tout, ça m’a permis de me faire de la tune et de me mettre en résidence pour créer un petit projet. De toute façon je savais que si je faisais pas de la musique j’allais être malheureux ! Pour moi le travail, si on y réfléchit cinq minutes, c’est quoi, cinq jours par semaine ? Soit 70 à 80% de ta vie… Si tu fais pas ce que t’aimes, je crois que c’est difficile de tenir. 

Comme tu nous disais, tu as signé ton premier contrat chez Def Jam cette année, qu’est-ce que ça représente pour toi, un accomplissement ?

Pas un accomplissement, mais une vraie étape réelle et forte parce que je me suis dit ‘Ok, je rentre dans la cours des grands, je suis chez Universal.’ Universal a quand même une portée vachement importante, mais je suis pas quelqu’un qui me suis dit ‘faut absolument que je signe !’. Surtout que chaque contrat est différent, donc ça dépend du contrat que tu signes aussi tu vois. Après le fait d’être désiré par plein de maisons de disques pour moi ça a été ouf, parce que mon album je l’avais proposé à ces mêmes maisons de disques avant justement. Et quand ils ont vu que le truc prenait bien, ils sont venus vers moi et je me suis ‘enfin!’, c’est vraiment plaisant de se sentir désiré.

Tu viens de Marseille et il faut dire que ça a longtemps été la seconde capitale du rap en France après Paris. C’est un héritage prestigieux que portent sur leurs épaules les rappeurs marseillais issus de cette nouvelle génération. Est-ce que du coup tu te considères comme un représentant du rap marseillais, ou tu estimes que ta musique n’est pas ancrée dans un genre propre à ta ville ? 

Je pense que je suis un représentant des gens qui veulent bien que je les représente. J’adore ma ville, j’en parle quelques fois, mais je me suis rendu compte que je peux toucher des gens qui habitent un peu partout, même en Belgique, et je me suis dit que ces mecs là j’ai pas envie de les sous-représenter juste parce qu’ils viennent pas de Marseille. Je ne mets pas de barrière en fait, il y a pas de frontière dans la musique. 

Ta musique est très personnelle dans sa globalité. Pour ton premier album, Rose, tu avais choisi une cover minimaliste et monochromatique, représentant si je ne me trompe pas ta singularité mais aussi le fait que tu parles beaucoup d’amour et de femmes dans tes morceaux. C’était aussi pour mettre l’accent sur ta musique plutôt que sur ton personnage. Sur celle-ci, on te retrouve en gros plan…

(rires) Mais en fait je vais t’expliquer pourquoi : cet album, c’est un album évolutif. Il va évoluer par la cover, par le nombre de titres sur le projet, par le titre… Et en fait je trouvais ça intéressant de démarrer comme ça. Là en faisant un zoom aussi près, on sait ni ce que je fais, ni ce que je suis en train de vivre, ni où je suis : on sait rien. Et je trouve cette interrogation assez marrante, donc on va dire que c’est comme une série Netflix avec différents épisodes et il y a un gros point d’interrogation sur le prochain !

D’ailleurs, on passe d’un 15 titres à un 7 titres si je ne me trompe pas, pourquoi ? 

En fait je me suis rendu compte après avoir sorti Rose, au bout de deux semaines, on me disait ‘c’est quand le prochain album’. J’étais là, ‘oh les gars… J’ai travaillé pendant deux ans quand même’ (rires). Et j’ai réalisé qu’en faisant un sept titres, ils allaient vraiment tous les écouter et derrière, le temps qu’ils le digèrent, il y a une autre partie qui arrive. Cette idée est née pendant le confinement, en voyant qu’on était déconfinés petit à petit, je me disais pourquoi pas déconfiner mon album. J’ai trouvé ça marrant. Ensuite j’ai proposé à mes équipes, on est arrivés sur quelque chose qui correspond à mes envies et aux leurs et on est partis sur ça ! 

Ca permet de laisser le temps à tout le monde finalement. Aux auditeurs qui peuvent avoir des sons en abondance et à toi de les préparer pour avoir du stock…

Ouais après j’ai vraiment écrit beaucoup de titres depuis un an et demi… Et mon album je le vois un peu comme un épisode de Koh-Lanta : tu sais jamais qui va sortir jusqu’au dernier moment. Il y a des morceaux qui rentrent et qui sortent, des morceaux qu’on enlève, qu’on remet… C’est vraiment ça (rires). Et là on va dire que c’est les sept qui ont réussi à aller jusque là. Et avec mon équipe on est pas très souvent d’accord, même plutôt pas d’accord la plupart du temps. On essaye de se prouver que chacun a raison par la musique, on retouche un peu des morceaux, des textes : chaque titre a vraiment été bossé intensément.

Pourquoi passer du ‘Rose’ au ‘Gris’ d’ailleurs au niveau du titre du projet ? 

Je pense que déjà, mes pensées sont peut-être un peu plus sombres, sans être totalement noires. C’est comme ça que j’en suis arrivé au gris, parce que je trouve qu’il n’y a pas de meilleure façon d’annoncer une émotion que par une couleur. C’est un mot, c’est simple, ça parle à tout le monde. Après comme je le disais, c’est évolutif et le titre risque d’évoluer aussi au fil du temps.

J’ai vu que tu as sondé ta communauté sur le potentiel featuring féminin qui pourrait partager l’un de tes titres. Tu as une idée en tête de ton côté, qui tu verrais sur ce titre ? 

J’aime beaucoup la musique féminine, ça me touche. Et puis j’ai toujours cette envie de créer du lien avec mes abonnés, et d’avoir leurs avis. Moi si j’écoutais mes envies… euh (rires) personne qui me l’avait posé celle-là ! J’aime beaucoup la musique de Juliette Armanet, je la trouve très très forte et j’ai un petit coup de coeur musical pour elle. Donc ouais Juliette, mais après j’ai vu les propositions que j’ai eu et franchement elles sont pas dégueulasses. Dans tous les cas ce sera au feeling.   

C’est un bon moyen d’extérioriser ses émotions, la musique? Est-ce que ça te permet de te libérer de certains tourments ? 

Je crois que oui, totalement. Je suis pas quelqu’un d’hyper bavard dans la vie de tous les jours, mais le fait de pouvoir extérioriser ce que je ressens, c’est un peu con, mais ça a vraiment l’effet d’une thérapie. C’est un bon moyen de s’exprimer et ça a été un bon moyen de me dire ‘ok je peux parler’, ‘je peux dire ce que je pense sans honte’. Je suis petit à petit en train de briser toutes mes barrières parce que j’ai toujours été très pudique avec ma famille, aujourd’hui dans l’album je sors un morceau sur ma mère, je parle de mes parents… C’est quelque chose de vraiment pas facile pour moi et que j’aurais pas pu faire avant. 

Est-ce que tu pourrais rapper des histoires qui ne sont pas les tiennes ? Beaucoup d’artistes le font, mais ton profil me semble trop authentique pour pouvoir se calquer sur les histoires des autres ou même pour en inventer…

Ouais, mais ça m’arrive de rapper à la première personne sans que ce soit forcément mon histoire ! C’est un peu comme dans un film quand tu lis ‘inspiré d’une histoire vraie’, tu sais que c’est un peu romancé mais que l’histoire est bonne. Par exemple pour le morceau ‘Mon bébé’, c’est peut-être pas forcément mon histoire, c’est peut-être l’histoire de quelqu’un que je connais bien et c’est peut-être romancé à ma sauce… Dans l’album d’avant c’était Elle m’a quitté, un morceau marrant qui était pas forcément mon histoire mais que je racontais avec mes mots. Et oui, j’ai cette envie de prendre des trucs qui m’arrivent, qui arrivent à mes proches, et de les raconter. 

Est-ce que tu te considères comme un rappeur, ou est-ce que tu ne catégorise pas ton art ? Tu aimes chanter ?

Je crois que je suis un rappeur, j’ai peut-être pas la prétention de dire que je suis un chanteur. Pour moi pour être chanteur il faut une voix, je sais pas vraiment si je l’ai, en tout cas je la travaille. Mais quand je vois des Céline Dion etc, je me dit bon, j’en suis encore loin… (rires) Mais oui moi j’adore ça chanter, de toute façon je suis un mélange entre le rap, la chanson française et l’électro. J’essaie vraiment de mélanger. C’est les trois styles qui m’animent et j’essaie vraiment de les retranscrire dans ma musique. 

Quelles sont tes inspirations musicales ? Avec quoi tu as grandi et qu’est-ce qu’on retrouve dans ton répertoire musical actuellement ? 

Musicalement, beaucoup de chanson française par mes parents. Beaucoup de rap aussi, parce que c’est ce que j’écoutais beaucoup de rap français. J’ai pas mal écouté Kery James, Youssoupha, tous ces artistes à texte. Et l’électro c’est plutôt récent, j’ai découvert ça avec mes managers parce qu’ils s’occupent d’artistes électro. Ca m’a plu et je me suis dit ‘c’est con de ne pas introduire ça dans ma musique’, ça s’est fait naturellement. 

Est-ce que c’est important que les gens puissent s’identifier facilement à ce que tu racontes, ce que tu vies ? J’ai vu que beaucoup de commentaires de ta fanbase partageant leur expérience et s’identifient… 

C’est important pour moi parce que je me suis rendu compte que la meilleure sensation, c’est d’avoir des gens qui viennent te dire ‘Merci, je me sentais seul et tu racontes des choses qui font que je me sens moins seul’. Mais ces gens-là ne se rendent même pas compte que au final, je ressens la même sensation qu’eux. Comme si j’avais l’impression d’être le seul à vivre ça, et d’avoir le retour des autres est tellement réconfortant. Se sentir compris, c’est une sensation folle. 

Tu as vécu une rupture difficile pour être aussi inspiré sur le thème de l’amour depuis deux ans ? Ou au contraire tu es très épanoui à ce niveau là ? 

Je crois que comme tout le monde, oui j’ai vécu des histoires difficiles. Et je crois surtout qu’avec une histoire d’amour, tu peux faire dix albums. Il y a tellement de passages, le début, la rupture, le doute, le sexe, l’amour… Il y a tellement de thèmes au sein du thème amoureux que pour moi, une histoire d’amour équivaut à dix albums. Comme j’en ai vécu quelques unes je me dis que ça va, j’ai encore de quoi écrire…

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter avec la sortie de ce projet ? Quel est l’objectif ?  

Que je touche un public plus large, que ça grandisse, c’est vraiment mon but aujourd’hui. Sans parler d’objectif de chiffre ou quoi que ce soit, en terme d’humain je me dis que si j’arrive à toucher encore plus de monde je serai le plus heureux, vraiment. 

Interview rédigée par Romane Dvl.

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