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Chronique – Un Français, rédemption d’un crâne rasé

Chronique – Un Français, rédemption d’un crâne rasé

Un Français, réalisé par Diastème, est un ovni du paysage cinématographique français. Non pas par son style, mais bien par son thème. Le film nous plonge ainsi, sur un parcours de 30 années, dans la vie de Marc, un jeune skinhead plongé dans la haine et les méandres de l’extrême droite.

Rappelons que le Skinhead n’était pas, au départ, un raciste effronté et malveillant, mais bien un amateur de musique noire et de reggae, différenciable par son style ( crâne rasé, veste Harrington, polo Fred Perry ou Ben Sherman, Doc Martens… ) et qui n’avait alors, croyez le ou non,  pas d’idéal politique. C’est essentiellement les crises, l’éruption de la musique punk et de partis politiques tournés vers l’extrême qui scindèrent le mouvement en deux, avec d’un côté les humanistes bagarreurs, et de l’autre les racistes determinés. On pense dès lors au film This Is England, sorti en 2006, qui retraçait avec génie la vie d’un jeune garçon vite séduit par ce mouvement à l’origine détendu et pacifiste, qui, dès la radicalisation, prit conscience avec horreur de l’ampleur du changement.

Le film que nous sommes allé voir en avant-première hier n’est sans doute pas comparable à celui-ci.  Inutile aussi d’évoquer American History X, qui ne dépeint pas la même culture, pas le même modèle, et pas la même folie.

Pour commencer, un Français ne mérite pas son traitement. Avec plus de 50 avant-premières annulées à cause du thème jugé dangereux et des craintes de représailles émises par les différents propriétaires de salles, Diastème pouvait – et ne pouvait pas – rêver mieux. Effet Streisand oblige, le film fait déjà beaucoup de bruit, intrigue les curieux et déchaîne les mécontents au delà même de l’aspect artistique et fédérateur auquel il mène.

Durant 98 minutes, Diastème nous invite donc à suivre la folie, les craintes, la bêtise et l’orgueil de ces adorateurs de Le Pen pour mieux comprendre dans quel bain ceux-ci se baignent quotidiennement. La première scène nous mêle au passage à tabac d’un jeune d’extrême gauche, et nous imprègne d’une culture méconnue, de cette association de malfaiteurs marginaux élevés aux discours de Pétain, à l’histoire de Jeanne d’Arc, et au jambon de cochon.

Un Français est l’histoire d’une rédemption, d’une prise de conscience d’un homme qui décida, le jour où les siens empoisonnèrent un noir, de s’arrêter là. L’on s’oblige alors à suivre Marc partout, près des choses qui le font et le défont, dans son petit appartement avec sa mère, dans ses petits boulots, et dans sa quête d’oubli. Quand Marc appuie son changement, coupe les ponts avec les idéaux qui firent de lui une bête informe et décide de se laisser pousser les cheveux, la vie du groupuscule gangrené par la névrose continue, et le mal qui s’en émane continue de croître, entre obsessions dangereuses et perte inconsciente du réel.

Il s’agit bien là d’une interprétation honnête et mystérieuse de la vie à l’extrême, mise en scène avec personnalité et brio par Diastème et soutenue avec force par  des acteurs charismatiques et talentueux, – Alban Lenoir, Samuel Jouy, Olivier Chenille – personnages d’un essai réussi, qui aura au moins eu le mérite d’approcher un monde dont beaucoup veulent nier l’existence.

Un Français de Diastème, aujourd’hui au cinéma, dans les salles qui veulent bien de lui.

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