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Kehinde Wiley : De la rue aux tableaux des grands maitres anciens

Kehinde Wiley est de ceux qui utilisent l’art comme moyen de revaloriser et de redéfinir l’image de l’homme noir, plus particulièrement de l’afro-américain. Encore peu connu du grand public, la récente rétrospective qui lui a été consacrée au Brooklyn Museum de New York a permis de lever le voile sur cet artiste amoureux du grand art.

L’art a toujours fait partie intégrante de la vie de Kehinde Wiley. Il voit le jour en 1977 d’un père nigérian et d’une mère afro-américaine à Los Angeles où il grandit. Son intérêt pour l’art se manifeste alors qu’il n’est qu’un enfant et est nourri par sa mère qui l’inscrit très vite à des cours de dessin. Passant une grande partie de son enfance au conservatoire, l’avenir d’artiste de Wiley semble prédit. Il y apprend l’art du dessin mais ce n’est que plus tard, au San Francisco Institute où il obtient un Bachelor of Fine Arts, qu’il se perfectionne dans les différentes techniques de peinture. Il enchaine ensuite avec un Master of Fine Arts à la prestigieuse université de Yale. L’artiste réside aujourd’hui à Brooklyn à New York, où est situé son atelier.

Kehinde Wiley

Napoléon franchissant le Grand-Saint-Bernard d’après le tableau de Jacques Louis David

Wiley s’affirme très vite comme portraitiste. Il trouve ainsi son comble dans l’art européen du XVIème au XIXème siècle, périodes durant lesquelles le portrait connaît son âge d’or. De la Renaissance au Néoclassicisme tout en passant par le Baroque, Kehinde Wiley puise son inspiration chez les grands maitres de l’Histoire de l’Art tels que Titien, Raphael, Jacques Louis David ou encore Jean-Dominique Ingres. Placé au deuxième rang de la hiérarchie des genres établie par les Académiciens, le portrait a un but simple : rendre une image noble et héroïque de la personne représentée. Durant ces grandes périodes de l’Histoire de l’Art, le portrait est un privilège réservé à l’aristocratie. Aussi conservateur qu’innovateur, Kehinde Wiley réalise un art singulier où la tradition et la culture urbaine se rencontrent.

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Les Trois Grâces d’après le tableau de Raphael

L’artiste grandit à l’heure où la culture hip-hop connaît son éclosion grâce à la musique et à la propagation de ce style nouveau. Sa volonté première est de conférer du pouvoir et une image nouvelle à l’afro-américain des rues. C’est d’ailleurs là que Wiley déniche ses modèles. Il arpente les rues de Brooklyn à la recherche de jeunes hommes mais aussi de jeunes femmes issus de la culture hip-hop. Sneakers, hoodies, marques apparentes et bling-bling sont les critères pour figurer sur l’un de ses portraits. Mais la tradition est de rigueur. Peinture à huile, composition, canons, les portraits de Wiley sont en parfaite filiation avec ceux des maitres anciens. Cependant, Wiley respecte les traditions sous un visage nouveau, celui de l’homme noir. L’art de Kehinde Wiley nous offre une vision contemporaine des traditions. Il traduit l’esthétique bling-bling en art noble grâce à ses portraits monumentaux ou à la réadaptation fidèle de célèbres chefs d’œuvre de ses prédécesseurs.

Kehinde Wiley

Triple Portrait de Charles Ier d’après le tableau d’Antoine Van Dyck

Wiley bouscule les règles de l’art en plaçant de jeunes afro-américains dans la peau d’aristocrates européens du passé et de personnages historiques plus importants comme Napoléon Bonaparte. Triomphants, héroïques et glorieux, les modèles du peintre se détachent sur des fonds caractérisés par des patterns colorés renvoyant aux motifs africains, au rococo ou encore à l’architecture islamique. Véritable fusion des genres, l’art de Kehinde Wiley ne manque pas de répondre à des questions d’ordre social. Il offre à ces modèles afro-américains la chance d’être représentés là où ils ont toujours été absents, dans le grand art. La mission de Wiley est essentiellement de rehausser le statut des jeunes afro-américains, figures importantes de la culture contemporaine, aussi bien dans le domaine artistique que dans le domaine social. Par son réalisme et sa grande connaissance de l’Histoire de l’Art, Kehinde Wiley réussit son challenge avec brio. Il nous offre une toute nouvelle vision de l’homme noir.

 

Quelques toiles de Kehinde Wiley sont exposées à Paris, à la galerie Daniel Templon.

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