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Petit focus sur les relations d’amour entre l’art et la Maison Dior

Lors de l’exposition « Christian Dior Couturier du rêve » aux Arts décoratifs en 2017, le grand public put découvrir 70 ans de créations de l’illustre maison de couture. Deux salles du musée étaient consacrées aux liens qu’entretient cette maison de mode avec l’Art et les artistes. La première salle mettait en avant le travail de Christian Dior en tant que galeriste, la seconde montrait la manière dont de nombreuses peintures ont inspiré les différents directeurs artistiques. En 2018, les défilés ornant de majestueuses statuettes de Kaws ou de Hajime Sorayama ne dérogent pas à la règle.

 

Photographie d’une salle de l’exposition Christian Dior couturier du rêve en 2017 montrant les liens entre l’art et des tenues Dior.

 

Christian Dior, fondateur de la maison de couture éponyme, a reçu une éducation classique dont l’apprentissage d’une sensibilité tournée vers le beau était un des corolaires. Il se passionne, jeune garçon pour la botanique et plus particulièrement pour les fleurs qu’il admirait dans le jardin de sa famille à Grandville, en Normandie. Des fleurs qui seront magnifiées dans la robe Miss Dior du printemps-été 1949, ligne trompe l’œil, rappelant les compositions impressionnistes de Claude Monet par son amoncellement de boutons floraux en tissus aux tons pastel.

 

A droite : robe miss Dior 1949, A gauche : le jardin de l’artiste à Giverny, Claude Monet 1900

Evoluant dans des demeures raffinées, meublées en Louis XVI, Christian Dior développe un gout et un œil en matière de décoration. Arrivant à Paris en 1920, il découvre des artistes qu’il exposera ensuite dans sa galerie : Salvador Dali, Joan Miro, Raoul Dufy. Plus tard, en tant que couturier, il se rend régulièrement dans les musées et relève dans les peintures, les robes et les silhouette que l’on retrouvera dans son travail. Les robes Dior des années 1950 sont travaillées dans le volume, par un amoncellement de tissus, donnant une allure XIXème avec une taille marquée et des jambes dissimulées sous des drapés, rappelant les peintures de Paul Helleu et Giovanni Boldini.

 

De gauche à droite : Robe Gruau, Christian Dior 1949 ; Robe Madeleine, John Galliano pour Christian Dior automne-hiver 2005 ; Giovanni Boldini, Madame Charles Marx, 1896.

Cette référence au peintre italien Boldini, sera d’ailleurs mise en lumière lors de la collection automne-hiver 2005/2006 par John Galliano à travers la robe Madeleine qui s’inspire d’une peinture de 1896 de ce dernier, Madame Charles Max. John Galliano sera férue de références artistiques en tout genre durant ses années Dior. Il prend pour appui la littérature, comme le montre la robe « Shéhérazade » du printemps-été 1998, une pièce faisant également écho aux dessins de Leon Bakst pour les ballets russes.

 

A gauche : Robe shéhérazade, A droite : dessin de Léon Bakst

Picasso, peintre fétiche de Christian Dior sera également mis en avant par le couturier anglais dans la collection de 2007, à travers un costume d’Arlequin : « Michaela Kocianova inspired by Picasso ». Galliano va également se tourner vers le XVIIIème siècle et plus particulièrement Versailles, en transposant librement l’univers peint par Élisabeth Vigée Le Brun dans plusieurs collections. Il magnifie le corps des femmes, dans des robes dévoilant les gorges, marquant les tailles dans un faste qui rappelle les fêtes données par Marie Antoinette dans son trianon.

 

Salle « trianon » dans l’exposition « Christian Dior Couturier du rêve » en 2017.

Ce lien avec la peinture se retrouve également dans le travail de Raf Simon, directeur       artistique chez Dior entre 2012 et 2015. Dans son premier défilé, il utilise un tissu « imprimé chaîne » pour reproduire des toiles abstraites des années 2000 de Sterling Ruby, sur plusieurs robes bustiers de la collection automne-hiver 2012/2013.

 

A gauche : Sterling Ruby SP275 – 1 et SP275 – 2, 2014 ; A droite : Raf Simon pour Dior collection automne-hiver 2012/2013.

Raf Simon n’est pas le premier couturier de chez Dior à mettre en avant l’Art de son temps. Marc Bohan, à la tête de la création Dior sur la période 1957-1988, réinvente une signature de Christian Dior, les pois noirs et blancs, en la retravaillant à la manière de Jackson Pollock, dans une robe de faille noire de la collection couture automne-hiver 1986, couverte de giclure noire et blanche. Avec ce motif, Bohan se réapproprie les drip paintings de Jackson Pollock, technique de superposition de plusieurs couleurs de manière aléatoire.

 

A gauche : Marc Bohan pour Christian Dior, haute couture automne-hiver 1986, A gauche : Jackson Polock. Number one, 1949.

Plus récemment, depuis 2015, Maria Grazia Chiuri, première créatrice féminine de la Maison, s’inspira de Niki de Saint Phalle lors du défilé printemps-été 2018. C’est alors tout l’esprit de la plasticienne qui est évoqué à la fois à travers son statut, celui d’une femme artiste émancipée, mais également à travers son travail, avec l’utilisation des fragments de mosaïque sur une combinaison ou ses dessins de créatures fantastiques que l’on retrouve sur des t-shirts.

 

A gauche : Maria Grazia Chiuri pour Dior, printemps-été 2018. A Gauche : Nicki de Saint Phalle, Vive l’amour, 1990.

Si la peinture permet d’appréhender au mieux les créations de vêtements de la Maison, d’autres Arts comme l’Architecture sont aussi des sources d’inspirations. A l’exemple de la robe Palmyre, création à l’attention de la Duchesse de Windsor en 1949 dont l’esthétique XVIIIème – chère à Christian Dior – est ici magnifiée dans les broderies de la robe qui évoquent les rinceaux – arabesques végétales – utilisés généralement dans les décors rococos.

 

A gauche : Christian Dior, Robe Palmyre,1949. A droite : le hall principal de l’Amalienburg à Munich.

 

En 1989, Gianfranco Ferré intègre la direction artistique de chez Dior et son Italie natale sera source d’inspiration. Il donnera à une robe haute couture du printemps-été 1992 le nom de « Palladio » architecte célèbre de palais vénitiens de la Renaissance. La robe s’inspire de l’aspect épuré des bâtiments de cette époque, à la manière d’une colonne d’ordre ionique : elle est constituée d’une base droite et élancée, dont la partie supérieure, ici les épaules, prend la forme d’un chapiteau à volute.

 

A gauche : Robe Palladio, printemps-été 1992 ; A droite une colonne ionique.

 

Mais les directeurs artistiques vont aussi chercher une inspiration dans le domaine des Arts non visuels, comme la littérature. Lors de son premier défilé, pour le printemps-été 2017, Maria Grazia Chiuri met notamment en avant des tenues d’escrimes et appose sur un t-shirt la phrase :« We should all be feminist» un écho au titre du livre de Chimamanda Ngozi Adichie une écrivaine afro-américaine engagée sur les question féministes. Une revendication politique que l’on retrouve également dans le défilé printemps-été 2018 où le message « Why Have There Been No Great Women Artists ? » provient d’un texte de Linda Nochlin, essayiste et enseignante spécialisée dans les liens entre Art et société.

 

De gauche à droite : Maria Grazia Chiuri printemps-été 2017 printemps-été 2018

 

Ce questionnement, sur l’impact du créatif dans la société, est présent dès les débuts de la Maison Dior. En effet, à travers son travail de couturier, Christian Dior voulait que l’on perçoive l’aura singulière des pièces de mode, qui selon lui, suivent la marche contraire de nos sociétés modernes. Il confia ainsi à Cecil Beaton, célèbre chroniqueur mondain des années 1950 : « La couture est, à l’époque des machines, l’un des derniers refuges de l’humain, du personnel, de l’inimitable. ».

 

Article rédigé par Florent Cammas

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