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L’influence de la culture manga dans la mode

Art noble, et partie intégrante de la culture et de l’économie nippone, le manga exerce depuis une dizaine d’années une influence incontestable sur le milieu de la mode. Aperçus sur les sneakers les plus en vogues, les collections les plus sold-out, et lors des défilés les plus courus, les créateurs et stylistes n’en finissent plus de rendre hommage aux mangakas qui ont marqué l’histoire du anime japonais.

L’expansion du « manga-couture »

Quoi de commun entre Goldorak – par lequel une génération d’occidentaux découvrit le manga – et Dragon Ball – référence du japanimation dont le retour messianique est vivement attendu pour le mois de mars ? S’ils comptent tout deux parmi les œuvres les plus légendaires créées au Japon, ils font également partie des mangas qui ont inspiré le microcosme du luxe pour des collections toujours plus excentriques et innovantes. Parce-qu’il inspire la fantaisie et le futurisme, et qu’il est le témoin de l’expansion de la culture populaire et urbaine dans l’impénétrable monde du luxe, le manga séduit les designers qui s’ouvrent depuis peu à un nouveau public, faisant des moins de 35 ans la cible numéro une des maisons de couture.

C’est ainsi qu’en 2015, Louis Vuitton, sous l’impulsion de Nicolas Ghesquière, plaçait au cœur de sa campagne publicitaire Lighting, héroïne du jeu Final Fantasy imaginée par Tetsuya Nomura. Épris par la culture manga, le directeur artistique à la tête de la maison française depuis 2013, n’en était pas à son premier hommage aux héroïnes d’animation japonaise. A la même époque, il consacre sa collection pre-fall 2016 à la série anime Ghost in the shell en réinterprétant les codes vestimentaires des personnages à l’image de Motoko Kusanagi.

 

manga

 

Comme lui, d’autres créateurs ont fait la part belle aux mangas. Julien David livrait en 2015 une série de robes, manteaux, et jupes en soie munis d’imprimés du robot Astroboy, quand d’autres silhouettes reprenaient la figure indémodable de Goldorak, pour une collection où kitsch et références japonaises s’entremêlent.

 

 

Plus récemment, la maison italienne MSGM incluait dans son itération SS19 pour hommes, des vestes en jacquard à l’effigie du héro de la série nippone Olive et Tom. Si l’art mangatique s’est fastueusement retrouvé sur le haut des podiums, engendrant la naissance d’un « manga-couture », c’est que le milieu urbain est plus que jamais un terreau d’inspiration pour les directeurs artistiques.

Culture urbaine et manga intrinsèquement liés

Démocratisé en France dans les années 1980, le manga demeure pendant longtemps une culture controversée, à l’instar du hip-hop, dont les maisons de Haute Couture s’emparent désormais des codes.  D’après Matthieu Pinon, journaliste et auteur de Histoire(s) du manga moderne, « Le hip-hop est imprégné du manga. Il y a une forme de culture virile très représentative de ce que l’on peut retrouver dans certains shonen. » Les shonen,  ce sont ces mangas originellement destinés au public masculin qui ont fait naître les iconiques Son Goku, Eikichi Onizuka, ou Monkey D.Luffy.

Part de la culture geek et source d’inspiration qui a – et continue – de bercer nos vies, c’est tout logiquement que le rap français et international, se retrouve empreint de références mangas. Le duo PNL rendait ainsi hommage à la série GTO avec son titre « Onizuka », Orelsan à Hunter X Hunter, et Ol’ Kainry à Nicki Larson, à titre d’exemple. Sans oublier la saga d’anime Dragon Ball d’Akira Toriyama, qui reste de loin l’une des références manga la plus citée dans le rap hexagonal et outre-atlantique, allant de Booba à Médine, en passant Rich Homie The Quan, et Lil Uzi.

 

PNL

 

On l’aura ainsi vu ces dernières années avec la TN, la banane, ou le bombers, nouveaux venus sur la planète mode, ce que la rue impose, la mode propose. Il était donc inévitable pour les labels de mode d’offrir des collections à l’effigie des personnages qui ont marqué la street culture, tout comme les marques de streetwear, nouvelles instigatrices des tendances à suivre.

Le streetwear à l’ère du manga

Si vous vous demandez d’où les maisons de luxe puisent leur inspiration, il n’y aura donc qu’à jeter un coup d’œil aux collections des labels de streetwear, qui multiplient les hommages aux séries et jeux de manga. Parmi elles, les griffes japonaises dont Bape, pionnier du streetwear japonais, qui compte déjà une série de collections à l’effigie de DBZ, One Piece, Naruto, Pokemon, ou Astroboy.

 

bape

 

S’il n’est pas surprenant de voir les marques nippones rendre hommage à l’art japonais, ça l’est davantage pour  les griffes occidentales.  Ainsi, après avoir essuyé plusieurs refus auprès du dessinateur Katsuhira Otomo, Supreme a finalement pu inaugurer une collection reprenant des planches originales du manga Akira, sold-out en une dizaines de secondes. La maison de streetwear new yorkaise, s’est également essayé à la reproduction d’un genre plus subversif, le hentaï avec une collection capsule en collaboration avec Toisho Maeda, auteur de manga érotique.

 

manga

 

Comme celle-ci, la majorité des collections dédiées à l’art du manga parviennent à provoquer la hype de tous les aficionados. C’est ainsi qu’Adidas a su cultiver un désir colossal autour de l’édition signée Dragon Ball Z, qui revisitait 7 modèles épiques de la marque en réinterprétant les personnages cultes du manga. Rapidement épuisées, les paires sont aujourd’hui revendues à plus de 400€ via le site farfetch.com, une première pour la brand de sportswear. Suivie de près par Bershka ou Dickies, l’industrie de la mode a rapidement su profiter de l’engouement provoqué par la série qui met en scène les mythiques Son Goku et Vegeta.

 

dbz

D’autres marques ont cependant prouvé que si le manga pouvait servir à la mode, le contraire était également possible. Ainsi, si habituellement le diable s’habille en Prada, la créatrice à la tête de la maison italienne a fait en sorte que les mangas le soient aussi, en habillant le personnage féminin du film d’animation Appleseed, en 2007.

Comme tout art, le manga inspire et s’empare en retour des domaines qui composent aujourd’hui la culture contemporaine, faisant d’elle une culture hétéroclite, colorée, et animée à souhait.

Rédigé par Anaïs Merad

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