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Swizz Beatz en Interview pour TRENDS : « Amener ma créativité au niveau supérieur. »

Le légendaire Ruff Ryder a récemment été rejoint par Bacardi pour No Comission, un festival d’art contemporain donnant la part belle aux artistes les plus prometteurs, qu’importe leur nationalité, sexe ou classe sociale. Une vision progressiste des mouvements artistiques qui définissent avec précision l’esprit de Kaseem ‘Swizz Beatz’ Dean. Du Bronx à Harvard, il y a pas mal de chemin, beaucoup d’anecdotes, et à quarante piges, de la sagesse aussi.

 

Cette collaboration semble avoir beaucoup de sens pour tous les partis concernés. Peux-tu nous en dire plus sur sa génèse ?

Je voulais créer un truc dans lequel les artistes seraient libres et pourraient garder 100% des bénéfices. Je commençais à me demander comment célébrer les artistes ; j’étais curateur d’expositions, je faisais beaucoup d’événements artistiques. Etant moi-même artiste, ça me peinait de voir certaines oeuvres ne trouvant jamais de propriétaire. Ca ne devrait pas être le cas. J’avais déjà comme but de monter No Commission lorsque Bacardi m’a contacté pour rejoindre l’aventure. On a d’abord essayé avec une première édition et on a finalement parcouru le monde ensemble. C’est une collaboration qui a beaucoup de sens car ils m’ont donné la liberté de pouvoir à mon tour donner à tous ces artistes de la liberté. En deux mots, No Commission est là pour laisser les créateurs créer. C’est ainsi que tout a commencé.

 

Il y a peut-être certains artistes qui ont retenu ton attention plus que d’autres ? Certains avec qui tu aimerais collaborer à l’avenir ?

Notre but est de bosser avec tous ceux qui ont la passion, le talent, la motivation et la volonté. Nous sommes une organisation mondiale ; nous n’existons pas qu’aux Etats-Unis parce que le talent ne choisit pas ses continents. Il ne devrait d’ailleurs pas y avoir que des artistes américains. La Terre est un endroit vaste et fantastique.

 

Comment on arrive à jongler avec autant de projets tout en gardant la tête sur les épaules pour ce qui est très certainement l’un des moments les plus forts qu’on puisse connaître en tant qu’homme : le diplôme de Harvard.

C’est génial, j’ai le sentiment d’avoir accompli la chose la plus géniale de toute ma vie. Mieux que les Grammy’s et tout. Je mesure ça au respect et aux réponses qu’on me donne dans la rue ou quand je voyage. Tout le monde semble être au courant ; vieux, jeunes, les mecs de la rue… C’est un nouveau sentiment. C’est aussi quelque chose de très authentique, on est loin du monde de la musique. Dedans, chacun essaie d’être cool ; certains sont faux d’autres moins, certains sont vrais et parfois on te sort juste la petite formule de politesse qui va bien.

 

Mis à part le diplôme en lui-même, y a-t-il une leçon que l’on retient de cette expérience ?

Maintenant, je sais comment faire pour amener ma créativité au niveau supérieur. Beaucoup d’artistes choisissent d’ignorer le côté ‘affaires’ de notre milieu. On doit bien comprendre comment chacune de ces industries fonctionne : que ce soit dans la musique, la télévision, l’art ou la mode. Il y a un monde d’affaire attaché à chacun de ces univers, mais en tant que créateurs, on choisit souvent d’ignorer ce côté là des choses. Pour être à la fois créatif et pertinent, il va falloir répondre présent à certains moments, et c’est là que tu dois savoir faire certaines choses : créer ta boite, construire une affaire et arriver à attirer les bonnes personnes pour l’emmener au niveau supérieur. Le diplôme m’a coûté trois ans de ma vie ; j’ai investi ces années. Et elle m’offrent en retour 10 ou 20 ans de plus dans l’industrie.

 

C’est une façon de voir les choses plutôt complémentaire avec No Commission.

Ce que je veux faire, c’est rendre l’éducation cool. Le système éducatif américain est l’un des pires et on a souvent l’impression que les études, c’est nul. Quelqu’un comme moi n’a peut-être pas besoin de s’éduquer, aux yeux des gens, parce que j’ai connu le succès sans. Ce que je veux, c’est que les gens comprennent qu’il est possible d’aller en cours à Harvard, et le lendemain, de tourner une vidéo avec Jadakiss et Fabulous. La vie est faite de milliers d’angles différents. Etre passé par Harvard ne veut pas dire que je vais être le mec à l’allure de premier de la classe qui pense que je suis plus malin que tout le monde. Je suis toujours un élève, on a besoin d’un peu plus de trois ans pour connaitre absolument tout sur tout…

 

Tu es actif dans les arts visuels et dans la musique. Est-ce que les deux diffèrent vraiment, en tant que créateur ?

Pas vraiment non. En fait, ils sont même plutôt parallèles. La musique et l’art sont frères et soeurs. On utilise d’ailleurs la même partie du cerveau pour les deux. Ce que j’aime dans l’art c’est qu’à travers, je peux aider les autres à se trouver. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis ici aujourd’hui. Voir les vies changer devant nous, c’est un sentiment exceptionnel.

 

Parlons à présent de tes nouveaux projets. Ca fait quelques temps que tu t’es fait discret, mais on a pu te voir en studio récemment avec Chance, Lil’ Wayne ou J. Cole par exemple. Ce sont des noms qui vont figurer sur l’album ? Quelle est d’ailleurs la direction principale de ce nouveau projet ?

Pour ce qui est de savoir qui est sur l’album, on verra, mais je peux d’ores et déjà dire que ces collaborations sont exceptionnelles. J’ai pris une approche très crue sur ce projet. Ce sera l’opposé d’Harvard, soit dit en passant. Je reviens aux racines du hip hop. Pour le moment*, l’album s’appelle Poison.

 

C’est un choix particulier.

Oui. J’en avais plusieurs en tête mais quand j’ai fini mon diplôme, j’ai décidé de rééditer tout le projet. J’avais cet état d’esprit en fait, je voulais leur donner du poison.

 

Il y a un paradoxe entre ce que tu sembles vivre à présent et tout ce que tu viens d’évoquer musicalement. Le projet a l’air d’être plutôt radical. Le titre est d’ailleurs sombre.

Oui, c’est très noir.

 

Pourquoi ?

C’est juste le ressenti que j’ai. Je crois que les gens ne comprennent pas forcément que même en ayant du succès, le côté obscur est en chaque être humain. On doit être capable de l’exprimer, même si de l’extérieur, tout semble aller bien. Tu ne peux pas ignorer la pénombre parce que le soleil est présent. J’avais des titres qui, je le savais, deviendraient des hits radio, mais après avoir eu ce diplôme, et sans savoir pourquoi, je ne voulais plus que ces morceaux se retrouvent sur l’album. J’avais l’impression de trop forcer. Il était temps pour moi de revenir à des fondamentaux qui manquent au public, comme ce côté Ruff Ryders. Les gens ont besoin d’un hip hop de la rue, d’un truc authentique. J’ai accès à ces choses là. Pourquoi ne pas rouvrir ces portes pour redonner au public. Personne n’est sur un track sur lequel on s’attend à le voir, sur cet album. J’ai du challenger ces artistes pour avoir le meilleur d’eux même. Je voulais le maximum de chacun. C’est aussi pour ça que l’album s’appelle Poison. On va tuer des gens, musicalement. Et c’est d’ailleurs la première fois que je dévoile le titre…

 

Merci pour l’honneur. Parmi ces artistes, de nouvelles têtes ?

Oui, on a essayé deux, trois trucs. On ne voulait pas juste être nostalgique. Il devait y avoir des éléments très contemporains, aussi. Il fallait aussi montrer ou j’en suis aujourd’hui. Il y a des jeunes talents, mais c’est encore une fois la même chose : il a fallu les challenger. Tout le monde n’a pas réussi le test. Ceux qui ont réussi étaient brillants. C’est difficile de changer complètement de façon de chanter, je peux comprendre ! Certains réagissaient bizarrement quand je leur disais : “aujourd’hui, tu vas être dans une symphonie”. Ils me répondaient “Non mais je suis un rappeur”. Certains captent le truc, d’autre non.

 

En parlant de nouvelles têtes… Est-ce que ton fils, Egypt, est sur la tracklist finale ?

(rires) Je crois qu’il préfère produire pour Kendrick, je ne sais pas trop pourquoi. Il faut encore qu’il produise pour moi ou pour sa mère (Alicia Keys, ndlr). J’ai pas encore été assez chanceux.

 

Tu finiras par y arriver, quand même ?

Oui, même s’il a produit pour Kendrick Lamar avant son père.

 

Interview réalisée par Tawfik Jasper

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