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Entretien – En front row avec Loïc Prigent

Replay – Tandis que Canal + diffuse en ce moment le nouvel opus des Habillés pour … c’est la moment pour nous de republier cette entretien avec Loïc Prigent, bible de la mode en France, publiée pour la première fois dans le tout premier print de TRENDS.

Il est neuf heures dans le dixième arrondissement de Paris et Loïc Prigent à la gueule de bois. Avant hier, il a passé la nuit devant sa TV, avec quelques amis, à observer horrifié la victoire de Donald Trump, désormais Président des Etats Unis pour 4 ans. «Jenifer Lopez aurait été un meilleur choix. Tout aurait été meilleur.» Nous avons tous besoin d’un bon café, et de quelques croissants : un petit-déjeuner très frenchy, bleu-blanc-rouge, à la verticale, sans étoiles.

Quelques gorgées et nous voici lancé dans une conversation d’une heure en compagnie de ce passionnant passionné qui scrute et connaît – par coeur – l’histoire de la mode et la raconte comme personne.

Comment vous étiez étant enfant ? D’où vous vient cette passion pour le journalisme ?

J’aimais bien le print justement ! J’aimais bien les magazines. J’ai été baigné dans des trucs comme ça, et j’aimais bien les livres d’histoire, j’étais tout le temps en train de bouquiner des conneries, sans hiérarchie : les journaux, les magazines …

J’ai fait 2 ans de pension qui auraient pu être l’enfer et qui en fait étaient cool parce que j’ai passé deux ans à lire. Là-bas ils nous couchaient vraiment tôt, je me mettais entre les rideaux et la fenêtre pour continuer à lire.

Donc ma passion pour le journalisme a toujours été là. J’étais dans un lycée catho et j’aimais bien le catéchèse parce qu’on nous racontait des histoires hallucinantes. On racontait des histoires en sciences naturelles et j’aimais bien aussi, alors que sciences physiques, pas trop.

Et d’où vient votre passion pour la mode ?

Je ne sais pas trop ! Je n’ai pas une mère mannequin cabine chez Oscar de la Renta … C’est Emmanuelle Alt qui racontait ça dans un édito, que sa mère était mannequin cabine pour lui, ça m’a halluciné. Elle a un meilleur pédigré que moi là-dessus … Je n’ai pas de moment clef.

J’imagine que la mode était assez spectaculaire quand je grandissais, il y avait des séries télé assez spectaculaires à ce niveau-là, les défilés de mode l’étaient aussi. Quand j’avais 20 ans, il y avait vraiment des créateurs intéressants, il y avait le mouvement grunge, qui disait des choses sur la société, et du coup ça me paraissait intéressant, comme champ culturel d’expression.

Après j’ai vu le côté business qui m’a vraiment fait marrer, et j’ai vite été captivé aussi bien par le glamour des mannequins et le côté éphémère des défilés et photos, que par les drames qu’il y a derrière. J’ai mis du temps à découvrir les ouvrières qui travaillaient, j’ai mis des années à comprendre ça. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était juste un spectacle et un défilé et que les vêtements arrivaient de derrière un mur. C’était inconscient. Mais on met du temps à comprendre les choses, en tout cas dans mon cas, c’était ça.

Quand vous étiez au lycée, vous avez fait une rencontre marquante …

… Celle de Gildas ? Ah oui ! Il y en a eu d’autres des rencontres marquantes, il y avait d’autres potes bien au lycée, mais c’est vrai que Gildas et moi …

Quand je suis arrivé à Paris, il est arrivé au bout de 10 jours en me disant « tu me manques », ce qui est la chose la plus mignonne qu’on puisse dire a son ami. Et il a déménagé alors que son accès initial à Paris était plutôt fait de rejet.

On était une bande de trois potes, et Ludovic est resté là-bas, lui. Quand il dit « Je viens pour la journée », il part au bout d’une demie journée, il ne peut pas rester là. Quand on faisait notre fanzine, c’est lui qui faisait les couvertures de tous les numéros, et puis finalement, il n’est pas venu.

« On est ensuite arrivé à Paris et on a rencontré les Daft Punk. Gildas de Kitsuné s’est lancé dans la musique, il était vraiment à fond dedans. »

Cette rencontre avec Gildas, ça a découlé sur un fanzine assez connu aujourd’hui …

Dont le titre était connu, mais ca n’a finalement rien à voir, on parlait de musique, on disait qu’il fallait manger des vitamines, c’était très naïf et très optimiste, et Gildas avait trouvé le nom, Têtu.

On en a fait 3 ou 4 numéros, peut être 5, j’ai une maquette du dernier numéro qui n’est jamais sortie, elle est chez moi en Bretagne.

On est ensuite arrivé à Paris et on a rencontré les Daft Punk. Gildas s’est lancé dans la musique, il était vraiment à fond dedans. Il a ouvert un comptoir où il vendait des disques vinyles. Les Dafts ont commencé à venir et la collaboration est née de là, il a collaboré avec eux assez longtemps. Quand eux ont fait leur label de musique « Crydamour », Gildas a appris comment ca se faisait et à lancé Kitsuné. Je me trompe peut être dans la chronologie, mais il me semble que c’est ca.

Et donc de label de disque, ils ont vendu des T Shirts à la fin de concerts, un concert de Air.

Ils ont vendu pas mal de t shirts ce soir-là et ils voyaient déjà les ventes de disque s’amenuiser, et qu’il fallait diversifier leurs activités, et c’est devenu une marque de mode.

Je me souviens quand ils ont fait leur première chemise. Avec des manches ! Et puis la première veste, et la première jupe, c’était assez dingue. Ce n’est pas comme ces marques qui font un défilé en première ou deuxième saison, même si ça reste rare. Kitsuné a vraiment appris sur le tard, c’était assez marrant. On est pote depuis très longtemps maintenant, avant on était fier, maintenant ça nous fait flipper !

Vous avez réussi à démocratiser la mode, quand on regarde vos documentaires, on a l’impression de voir des tutos sur la mode, si on ne s’y connaît pas on peut tout comprendre.

Celui sur la Haute Couture qui est passé sur Arte, c’était ça l’idée : poser des questions évidentes et ne pas partir du point de vue de spécialiste …

Que je ne suis pas tant que ça en plus. Je suis au courant de la tectonique des plaques, mais en même temps si vous n’êtes pas dans les maisons tous les jours, vous ne savez pas parce que ça se passe tous les jours.

Mais la TV doit être un média pédagogique, c’est donc logique que j’explique les choses. La mode m’intéressait beaucoup et j’ai toujours été étonné de voir à quel point ça pouvait être ennuyant en TV. Je trouvais ça trop court, ou trop tarte. Je voulais montrer les choses comme elles sont. C’est grave, drôle, bizarre, obscène… C’était souvent fait avec des caméras frontales, face aux meufs qui sortaient de la chicane, déboulaient sur le proscenium et faisaient leur demi-tour, c’était très bien, mais c’est bien aussi de mettre ailleurs la caméra. Tout en continuant à utiliser les caméras officielles, j’adore ça, je les regarde, je les décrypte …

Comment vous choisissez les défilés auxquels vous avez envie d’aller ?

C’est un choix qui est fait avec Mademoiselle Agnès, c’est elle qui a le talent pour souvent voir les premiers shows, elle a le sens de ça. Elle a l’appétit d’aller voir les premiers défilés. Sachant que c’est difficile pour nous, car quand on filme un premier défilé, celui d’avant sera Dior et celui d’après Chanel, et ça peut parfois être sinistre, car sans moyen, c’est plus dur.

On diffuse le télégénique : les marques qui ont passé 300 heures sur chaque modèle, qui ont énormément travaillé, et qui sont tellement fières de leur boulot qu’elles demandent à la mannequin de marcher lentement… En télé, c’est horrible, l’image est amateure, ringarde… Ou les défilés dans le noir, c’est un grand truc, « les défilés dans le noir sont tellement plus beaux ! » mais, ça ne passe pas en télé. Après les gens disent « mais personne n’a passé notre défilé ! » mais non … C’était dans le noir … C’était une éclipse !

Ensuite, il y a les maxi défilés, les spectateurs seraient déçus s’ils ne les voyaient pas, et puis les défilés affectifs, quand on aime la personne qui le fait, un rapport affectif à la marque, c’est assez variable … Il y a des défilés auxquels on va chaque saison, mais les critères changent.

Quel a été votre coup de coeur cette année ?

Le passage d’ouverture chez Chanel était vraiment bien, le début de chez Loewe au moment où c’était silencieux, les filles du défilé, avec juste une vidéo qu’on entendait, et ce silence qui s’arrêtait par une espèce de nappe qui montait, et cette nappe … Est-ce que ça peut durer 50 minutes s’il vous plaît ?

Le défilé Jacquemus, Y Project, avec les deux émeutes à l’entrée, ça m’a vraiment fait rire. On s’est perdu au lycée Charlemagne ensuite, et c’était le premier soir, et derrière il faut continuer pendant 9-10 jours, et de bonne humeur. Je ne me suis pas fritté avec un mec de sécu cette année, le seul, il blaguait, et j’avais pas compris qu’il blaguait ! Donc c’était cool.

C’est les saisons d’élection où ils sont chauds ! En mars, ça va être plus dur. Expérience de vieux Caribou.

« On peut filmer la première d’atelier, le livreur, le créateur, sans que ce soit la lutte des classes. »

Cette liberté de faire ce que vous voulez dans les « Habillés », c’est quelque chose que vous avez acquis sur le temps ?

Oui sur le temps. Par exemple, cette saison une maison qui ne fait pas de fitting nous a permis de le faire, elle nous avait vraiment donné du temps, on était nerveux quand on a filmé, et on ne l’a finalement pas passé. C’est plus compliqué que « c’est parce que vous nous avez donné l’accès qu’on va le passer », il y a des années où on tournait beaucoup et on s’est calmé sur le nombre d’heures de tournage. « Habillé » se fait beaucoup en salle de montage.

Cette année, on a été radical, il n’y a pas Lanvin, pas Saint Laurent, pas Chanel, pas Balmain … Il y a plein de marques qui ne sont pas là. On a fait des choix.

Le montage est très particulier, comme la manière dont c’est écrit, une patte « Loïc Prigent », comment elle est construite cette patte ?

J’ai eu du bol, quand je suis arrivé à Canal, il y avait eu une émission qui s’appelait 24 heures, où ils suivaient 4 ou 5 personnes pendant 24 heures, ça pouvait être d’un hôpital, dans une rédaction, …

Et l’émission n’existait plus, mais j’ai travaillé avec des gens qui avaient bossé là-dessus, et qui avaient un espèce d’instinct de tournage ou la caméra prend l’ascenseur avec les gens, où la hiérarchie ne compte pas tant que ça parce qu’ils suivaient autant le militant que le président d’association.

Je crois que j’ai eu cet héritage en travaillant avec eux : on peut filmer la première d’atelier, le livreur, le créateur, sans que ce soit la lutte des classes.

C’est aussi une volonté de prendre du recul par rapport à tous ça, vous dites « la mode, je l’aime tellement que je m’en moque » …

… Oui parce qu’elle est drôle non ? J’ai l’impression de la retranscrire telle qu’elle est …

Quand on va à un défilé – et c’est la raison pour laquelle j’adore ce que vous faites, cette notion de recul où vous vous dires « on ne sauve pas des vies » – on voit des personnes qui se prennent tout de même très au sérieux …

Nous, on se prend aussi au sérieux avec Agnès, quand je fais mes docs je me la pète à fond aussi. Mais quand il y a deux émeutes devant Y Project ça me fait marrer. Cette envie forcenée de faire partie du club, même si c’est ses premiers défilés sous cette ombrelle.

Mais au final, c’est un aggloméré d’influences. Dans habillé on commence a apporter de nouvelles choses avec l’habillage 3D. On ajoute des coeurs, des casques au Daft Punk, des auréoles sur les grands couturiers, comme dans les tableaux de Giotto, avec les saints qui avaient ces auréoles … sauf Armani, mais, lui il a déjà l’auréole avec ses cheveux blancs !

Vous tournez aussi des documentaires publicitaires pour certaines marques, comment faire pour garder cette notion de recul quand vous travaillez avec des potes, par exemple avec AMI ?

Avec  AMI, c’est spécial, c’est une relation sur le long terme durant lequel je filme les coulisses des défilés, etc … Personnellement, j’ai l’impression de filmer son histoire, donc c’est spécial. Et il y a des marques qui se servent de mon écriture pour faire des making of, donc le rapport n’est pas trop biaisé. Parfois, ce sont des choses en interne et ça me donne accès à des choses auxquelles je n’aurai jamais accès, j’interviens très en amont ou des choses vraiment secrètes, et c’est génial pour moi parce que j’apprend vraiment beaucoup, du coup ça m’intéresse.

Ce sont les parts usuelles de la mode où il y a cette espèce de rapport de force, où les photographes font des édito, de la publicité, etc … C’est un modèle qui existe.

Vous avez publié votre livre sur tous les tweets que vous recensez, que vous entendez dans le milieu de la mode ou des défilés, le livre s’appelle « J’adore la mode, mais c’est tout ce que je déteste », paru chez Grasset. Vous avez décliné beaucoup de propositions avant de le publier, comment en êtes vous arrivé à vous dire « bon aller j’y vais, je publie » !

C’est Inès de la Frassange qui en avait fait une pleine page dans Vogue, je l’ai vu écrit et ça m’a fait rire, je me suis dit « tiens, c’est marrant ! », j’avais un rapport à ça qui n’était que sur téléphone, et j’ai trouvé que c’était pas mal sur papier.

La collision de tous les tweets donnait quelque chose d’encore plus absurde et drôle, et le programme s’est fait avec Catherine Deneuve, et je me suis dit que tant qu’à défleurir la chose, autant y aller.

Est-ce qu’il y a des choses que vous avez filtré ?

Oui énormément, si je vous montre mon téléphone, il y en a vraiment beaucoup. Dans mes notes, j’en ai plein, et dans mon Twitter il y a des brouillons, des brouillons, des brouillons … (il sort son téléphone et fait défiler ses prochaines pépites) Je suis obligé de les filtrer.

Et vous les filtrez sur quels critères ? Parce qu’ils sont …

… ils sont trop cons ! Ou parce que je ne sais pas s’ils sont clairs. Par exemple « On devrait faire un selfie de dos »« J’ai remarqué que mes bijoux Chanel sentent bon »« Tu vas te droguer là ? Non, pas beaucoup … », celui là je n’ai pas encore trouvé le bon moment de le mettre. Chez Miu Miu, quelqu’un m’a dit « J’ai séché Vuitton, j’avais piscine » ! Parfois, j’attends le bon contexte pour les publier, ou bien comment la reformuler pour que ca devienne clair, pour qu’on comprenne hors contexte.

« Un créateur qui vient, qui organise un défilé, qui nous fait attendre une heure, et qui pompe Alaïa, ça m’énerve. C’est un aveu d’échec. »

Quelle est votre préférée ? Celle qui vous a le plus fait rire ?

« Est-ce que tu pourrais faire un selfie de moi ? » elle était bien. Celle-ci aussi était belle : « C’est pas un has been, c’est un never was ». Elles me font toutes rire, quand j’ai vu Deneuve les dire, je me suis rendu compte qu’elles me faisaient toutes rire. « Bienvenue dans l’asile psychiatrique le mieux habillé du Monde » est très drôle.

Récemment, a Venise, j’ai entendu une fille dire « Ma crème hydratante est géniale, j’ai l’impression de mettre de l’eau pas mouillée sur mon visage », elle tient en 140 signes !

Il y avait le banc de followeuses !

C’est un pote à moi qui avait fait un dîner avec des influenceuses chez lui et qui m’avait dit « Il y avait 80 millions de followers dans le salon ». Il m’a dit « tiens, tu m’as twitté ! » mais je ne suis pas sur que ça les fasse chier, vraiment …

… Il y a des choses qui vous font chier, vous, dans le milieu de la mode ?

J’aime assez tout dans la mode, c’est juste le « trop ». Je ne peux pas me le taper pendant un mois de suite, je vais saturer a un moment donné. Et puis la chose qui m’agace, ça va être la copie, parfois ça me saoule, parfois. Un créateur qui vient, qui organise un défilé, qui nous fait attendre une heure, et qui pompe Alaïa, ça m’énerve. Ou les marques avec un studio de plus de 20 personnes et qui font du Vêtements. Je le vois, j’ai un oeil, donc si je le vois tout le monde le voit, pourquoi vous faites ca ? Vous avez une plateforme, vous mettez quelqu’un d’autre que vous sur votre plateforme, c’est bizarre. Ca m’échappe. Mais les pompages d’Alaïa ça me fascine, je ne comprends pas pourquoi ils font ça. C’est un aveu d’échec.

Quel est votre meilleur souvenir en défilé ?

L’Iceberg Chanel, c’était quand même génial ! Le supermarché Chanel, c’était très drôle, tu as envie que le défilé dure longtemps, en plus le défilé était assez drôle, avec des leggings roses troués, des sacs sous vide, c’était magique. En 2000 un Chanel haute couture, comme une tour de Babel.

Il y a eu le défilé Valentino couture, je n’y étais même pas , mais c’était tellement beau, le premier défilé couture qu’ils ont fait à Rome il y a un an et demi, il est ouf. Je n’y étais pas, mais il est ouf, je l’ai rematé … Jacquemus à la piscine, génial, le Vêtements au dépôt, incroyable … Il y en a plein !

« Helmut Lang avait vraiment cette idée de « maintenant, là, tout de suite » qui défilait. »

Mon premier défilé Comme des Garçons, en silence, avec juste le clic clic clic des photographes. Celui de Mc Queen où les fringues sont luxueuses au début et trash à la fin, il était vraiment fou celui là … Tous les Balenciaga de Ghesquière étaient géniaux.

Et je crois que le moment où je me suis rendu compte que j’aimais vraiment ca de façon un peu effrayante, mon préféré de tous, c’était le défilé d’Helmut Lang à l’espace Comines, il y a eu un jour ou le soleil a frappé sur la verrière, et ils ont passé en live la musique « Here come the sun » de Nina Simone, c’était un peu réussi. Ca a l’air tarte quand on le dit, mais c’était pas mal.

Helmut Lang avait vraiment cette idée de « maintenant, là, tout de suite » qui défilait. En terme de génération, je m’identifiais pas forcément aux dames qu’il y avait sur le podium, mais là je me rendait bien compte que c’était contemporain.

Qu’est-ce qui fait un bon défilé ?

Pour moi, c’est l’énergie, que la fringue soit intéressante. Il y a des défilés qui sont vraiment bien alors que tu n’as pas eu le temps de voir la fringue. Les Dior Homme étaient géniaux. Il y avait une sidération parce qu’au premier rang, il n’y avait pas une ou deux stars, il y en avait vingt-deux ! Et des stars vraiment …

Tu avais Gus Van Sant à côté de Rei Kawakubo, à côté de Karl Lagerfeld, à côté de Jeanne Moreau, à côté de Etienne Daho à côté de Jane Birkin, c’était n’importe quoi. Il y a eu des Vuitton assez zinzin aussi, comme ca. Un bon défilé, je pense que c’est ça, c’est l’énergie. Et j’ai l’impression que quand la fille ou le mec marche vite ça fonctionne mieux.

C’est aussi un truc de mystère, et qu’on se sente privilégié d’avoir accès à ça. Ou alors qu’il y ait de l’humour. J’aime aussi les défilés que je ne comprend pas, par exemple Slimane pour Saint Laurent, il y a eu des défilés que je ne comprenais vraiment pas, et il faut le revoir, et on ne comprend toujours pas, et ça obligé à réfléchir sur son travail. Il y avait une robe qui avait vraiment l’air d’une serpillière chez Saint Laurent par Eddy Slimane, et au bout d’un moment, j’ai réalisé que le bas de la jupe était parfaitement droit, alors que tout le haut coulait, fondait. Et c’est impossible à faire … Quand il y a ce genre de choses, c’est cool.

Quelle seraient pour vous vos trois plus belles rencontres ?

De la mode ? (il réfléchit) Les ateliers Chanel c’était génial. C’est a l’époque ou j’ai commencé à comprendre qu’il y avait des ateliers, voir le boulot qu’elles faisaient, voir leur esprit, la proximité que j’ai eu avec elles au bout de quelques jours, et avoir été invité au pot de départ de certaines, c’était vraiment cool. Je suis allé au pot de départ de Laurence, de Madame Martine, des années après, c’était vraiment cool. J’ai adoré faire ce docu, c’était sentimental.

Il m’en reste deux : Lagerfeld, c’est quand même dingue, il m’épate assez. J’aime vraiment le croiser, j’apprends plein de choses à chaque fois. Et puis il est vraiment drôle. L’autre jour, on parlait de Proust, son regard sur Proust était tellement génial, j’ai appris tellement de trucs. Il est vraiment intéressant.

Et la troisième … Agnès ! Je la vois plus comme quelqu’un de télé finalement. Sa spontanéité et son flair m’épatent toujours. Il y a une vraie complicité. Et il faut oser faire ce qu’elle fait : aller en peignoir au défilé Lanvin, on l’a répété plusieurs fois avant, d’habitude c’est improvisé, mais là on avait vraiment répété. Il faut du culot. Sortir en peignoir le dimanche soir devant les gens de la mode … Je lui ai dit « tu n’es pas obligée de le faire » et elle qui me disait « mais tu te rend compte ce que tu m’obliges à faire ?? ».

Comme par magie, Agnès arrive à ce moment de l’interview et s’assoit quelques tables plus loin, nous sommes toujours dans notre café du 10ème, Loïc s’absente quelques minutes pour dire bonjour. Il reviendra avec nous quelques minutes, parler des élections américaines, du « bordel qui arrive », comme « un sketch s’appropriant le pouvoir », s’inquiète pour les élections françaises. Il nous remercie pour l’interview et se dit honoré de faire partie de notre « numéro zéro ».

Le plaisir est – très grandement – partagé.

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