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Lean Chihiro : « Je suis encore toute gênée quand je m’entends rapper en français »

Personnage à part dans le rap français, Lean Chihiro fascine. S’étant faite remarqué sur Soundcloud depuis plusieurs années, elle sortait son projet « Teenage Humanoid » le 28 août dernier et présentait ainsi l’étendue de son univers à son public. Un opus de huit titres, réunissant la sud-américaine Princesa Alba, SUPERLOVE et même Captaine Roshi, son ami de longue date. L’occasion de partir à sa rencontre et d’en savoir plus sur ses inspirations, sa manière d’aborder le rap et son lien étroit avec la mode.

Dès l’âge de 18 ans seulement, tu collaborais déjà avec des marques telles que Benibla ou le groupe ASOS. Tu as toujours eu cet affect avec la mode, avec les sappes ?

En fait depuis petite, ma mère m’a toujours appris à diversifier les tenues en fonction des jours : elle pouvait m’habiller de façon girly ou vraiment super tomboy. Je touchais déjà un peu à tout, du coup en grandissant je n’avais pas ce blocage. On me prenait souvent pour un garçon d’ailleurs, je mettais un peu tout ce que je voulais. Plus j’ai grandi, plus je me suis affirmée. Je savais que je pouvais déranger parce que je m’habillais pas comme les autres, ça m’a permis aussi d’assumer ma personnalité à un moment où je portais des choses que les gens trouvaient moches, pas faits pour une fille ou pas à la mode.

En tant qu’artiste aujourd’hui, ça te permet aussi d’interpeller les gens avec ton look…

Oui évidemment, mon style et mon apparence sont aussi représentatifs de ma musique. Je sais que quand on a un look comme le mien, les gens te retiennent plus facilement. C’est ce que j’ai appris aussi en développant mon look, que si quelqu’un faisait genre de m’oublier c’était faux, c’était pas possible puisqu’on ne voit pas tous les jours des filles comme moi (rires). Après c’était pas du tout le but d’attirer l’attention, je me disais que dans tous les cas même sans rien faire on attire déjà l’attention, donc autant faire ce qu’on veut. A partir de ce moment-là je me suis teins les cheveux en rose, en vrai j’avais déjà un style que les gens trouvaient atypique, différent des autres. En grandissant ça m’a un peu choqué que les gens trouvent que j’ai un style de ouf, parce qu’en vrai, je connais des gens qui ont des pièces de ouf, et moi j’ai des habits normaux que j’assemble tout simplement. J’ai pas du tout l’impression de faire quelque chose d’incroyable.

Au même titre que la musique, la mode est-elle un moyen d’expression pour toi ?

Moins fort, parce que c’est plus superficiel, mais je trouve que c’est bien d’être à l’aise dans ses baskets, de se regarder et de kiffer. Je trouve que c’est une manière de m’exprimer aussi parce que selon mes humeurs je vais changer la manière dont je m’habille. Par exemple, si j’étais de mauvaise humeur, je ne serai pas habillée comme je le suis aujourd’hui, avec autant de couleurs. Il y a aussi des moments où on n’a pas envie d’attirer autant l’attention, donc ça varie. Quand vous me voyez habillée tout en noir, il faut vous méfier (rires). 

C’est quoi ta marque du moment ? 

Franchement, je ne sais jamais trop quoi répondre à ce genre de questions… Même si les gens pensent que je suis dans la mode, je ne suis pas du tout les différentes sorties des marques. Si je vois quelque chose qui attire mon attention, je vais peut-être aller chercher, mais la plupart de mes sappes c’est soit de la récup’, soit des choses qui appartenaient à des gens de ma famille, ou que je trouve sur Internet. Il y a plein de trucs que j’aime bien, mais ça varie, du coup j’ai du mal à choisir. En ce moment j’aime bien regarder ce que font les petits créateurs par exemple.

Quand as-tu commencé la musique ? Tu as tout appris toute seule ? 

J’ai commencé très tôt à écrire des chansons, par passe-temps parce que j’aimais bien écrire par passion, inventer des chorées et tout. Je ne dis pas que c’est ça qui a fait que j’ai commencé la musique, parce que ça je l’ai fait pendant longtemps sans qu’il y ait vraiment quelque chose qui en découle sérieusement. Mais en grandissant, j’ai commencé à faire des vidéos où je chantais et à poster des covers sur Soundcloud quand j’avais 14-15 ans. Après j’en avais marre de faire des covers, j’avais envie de faire ma propre musique, j’ai commencé à vraiment travailler et à enregistrer des titres dans ma chambre avant de les poster sur Soundcloud. J’ai fait un EP de 6 titres que j’ai fait entièrement chez moi avec des prods que je trouvais sur soundcloud où des prods que des beatmakers m’envoyaient, mais c’était vraiment au tout début. Et après en 2017 j’ai sorti « Summer Hunter » et c’est à ce moment-là que c’est devenu vraiment sérieux.

Comment se compose ton entourage aujourd’hui ? 

Je suis signée dans un label indépendant, j’ai un entourage professionnel qui s’agrandit et d’ailleurs on travaille super bien ensemble. Je suis contente d’avoir passé ce cap parce que c’est quand même difficile de faire tout  toute seule et c’était pas aussi propre que je le voulais donc c’était un peu frustrant. Aujourd’hui j’ai énormément de chance de pouvoir faire ce que je veux artistiquement parlant.

Comment as-tu construit cet univers unique qui t’entoure ?

Je sais pas trop comment le décrire, parce que quand on se plonge dedans on se rend compte qu’on peut pas réellement mettre d’étiquette dessus. C’est un problème sans en être un, c’est la thématique de tout mon personnage. On sait jamais à quoi s’attendre avec moi. Et je pense que c’est parce que depuis toute petite j’ai toujours été un peu dans tout, quand j’ai eu cette passion de la musique qui est arrivée très jeune, je m’intéressais à ce qu’écoutaient mes parents, à côté de ça j’étais à fond dans les musiques japonaises depuis mes 6 ans. Du coup j’ai grandi aussi avec ce côté là, j’ai pioché dans mes propres inspirations mais aussi dans l’héritage musical et culturel de ma famille. Après plusieurs années de mix & match, ça a donné ça… Au début d’ailleurs, quand j’avais 9-10, tout le monde pensait que mon obsession pour le Japon allait me passer, mais non je suis toujours aussi passionnée et c’est aussi pour ça que mon univers est vachement tourné vers ce pays. Tout simplement parce que c’est une grande partie de ma vie et de mon enfance.

Elle vient d’où, cette passion pour le Japon ? 

Tout d’abord j’avais un intérêt global sur l’Asie étant petite. J’aimais beaucoup les histoires et les légendes asiatiques que me racontaient ma mère. Ma mère a commencé à me donner de plus en plus de produits asiatiques à consommer, pour que je découvre les différentes cultures. Elle m’a aussi montré les films d’animation asiatiques, comme ceux du Studio Ghilbi et c’est à ce moment que j’ai découvert tout cet aspect et je me suis particulièrement plongée dans l’étude de la culture japonaise. J’étais très jeune, j’ai commencé à apprendre le japonais sur internet quand j’avais 8 ans, c’était vraiment une obsession. C’est pas commun, je faisais que des danses japonaises, c’était un peu irréel pour mes proches. Du coup, j’ai pas mal évolué toute seule à ce niveau-là, parce que personne autour de moi était à fond dedans. Il y avait peut-être des gens qui regardaient des mangas, mais moi c’était vraiment plus que ça. Je connaissais plein de choses, j’allais sur des forums, c’est aussi comme ça que j’ai passé la plupart de mon temps sur Internet, parce que je cherchais justement des gens à qui parler de mes différents centres d’intérêts.

Est-ce que tu peux me parler aussi des artistes avec lesquels tu as grandi, de tes influences ? 

J’ai beaucoup grandi avec Erika Badou et Lauryn Hill, il y a eu aussi beaucoup de musique classique, ma mère adorait ça. Beaucoup de rock aussi, Iron Smith mais aussi les Red Hot Chilli Peppers, qui est mon groupe préféré dans le monde. Beaucoup de différentes influences différentes… Même moi aujourd’hui, j’ai essayé de tout assembler sur une playlist et ça n’a aucun sens, c’est insupportable (rires). Dans le Hip Hop je peux citer aussi Missy Elliot, dans les artistes féminines. Il y avait beaucoup d’artistes féminines dans les écoutes de ma mère et je pense que c’est ce qui m’a aussi poussé et inspiré à faire de la musique, mon père était musicien aussi. Dès mon plus jeune âge, je me suis pas posé la question de savoir si c’était possible, parce que ma mère me disait ‘regarde, elle chante ça, elle chante ça’, du coup j’ai compris que je pouvais le faire et j’ai jamais eu de blocage à ce niveau-là. 

C’est aussi et sûrement parce que tu es une grosse consommatrice du rap US ? On ressent beaucoup ces influences dans ton premier projet « Teenage Humanoïd »

Enormément. Dès très jeune, à l’époque où c’était pas encore à la mode, j’écoutais déjà beaucoup de rap US. Avant 2013 où il y a eu un peu ce boom du hip-hop, avant ça tout le monde me disait tout le temps « tu fais ton américaine »… Alors si écouter des musiques américaines c’était jugé, imagine les musiques japonaises (rires). Du coup oui, j’ai toujours été là-dedans et j’ai plus écouté de musique anglophone que de musique française dans mon enfance. 

C’est pour ça aussi que t’as fait ce choix de rapper en anglais ? 

Je pense, parce qu’il y avait aussi ce truc de se dire ‘moi je suis une française et je comprends ce que ces gens là disent dans leurs morceaux’, alors qu’un américain ne pouvait pas comprendre les musiques d’un artiste français ou autre. Du coup j’avais déjà ce truc de me dire ‘tu parles à tout le monde’, même quand j’étais sur internet, je parlais directement en anglais avec les gens. Donc je me suis pas vraiment posé de questions, parce que pour moi c’était la langue la plus parlée, ça me permettait de l’apprendre aussi. D’ailleurs je pense que j’ai plus appris l’anglais en regardant des films ou en parlant avec des gens qu’à l’école. 

Tu le remarques dans ton public cet aspect international ?

C’est un des premiers trucs qui m’a mis des étoiles dans les yeux quand j’ai commencé la musique. Parce que justement je faisais ça dans ma chambre, puis il y avait des gens de partout dans le monde qui m’envoyaient des messages en me disant ‘j’adore ce que tu fais’, je parlais avec des gens de tous horizons alors que j’étais dans ma chambre à Paris dans mon coin. Quand j’ai commencé à avoir plus de visibilité avec Summer Hunter, c’était vraiment incroyable parce qu’on m’envoyait des vidéos aux quatre coins du monde en train d’écouter ma chanson et c’était limite incroyable. Je me souviens d’une vidéo qui m’a particulièrement choqué, c’était un mec en Australie au plein milieu d’une forêt et il écoutait mon son, en plus il avait une dégaine de ouf avec des longs cheveux en train de fumer (rires), j’étais choquée. Après ça, il y a de plus en plus de gens qui ont commencé à écouter ma musique au Japon et ça m’a mis des paillettes dans les yeux. Quand je regardais autour de moi j’avais pas l’impression que ma musique change quoique ce soit dans le monde et pourtant j’embellissais quand même la journée de certains, ça m’a motivé à continuer. Si j’avais fait de la musique en français, j’aurais pas eu autant de retours dans le monde. 

Depuis tes débuts, tu es présente sur Instagram, mais aussi sur Youtube. Est-ce qu’aujourd’hui tu considères les réseaux sociaux comme un outil de travail ? 

J’ai toujours considéré comme ça comme un outil, je suis née à une époque où c’était pas totalement commun. Quand j’étais petite, tout le monde n’avait pas d’ordinateur chez soi, ou alors on en avait un pour la famille. Mes parents comprenaient pas vraiment ce que c’était. Moi quand on m’a dit ‘avec ça, tu peux parler à des gens partout dans le monde, t’as accès à toutes les ressources du monde’, je me suis dit c’est incroyable, il faut l’exploiter. C’est pour ça que quand j’ai découvert tout ce qu’on pouvait faire sur Internet, j’ai voulu apprendre des langues, parler avec des gens, et je comprenais pas d’ailleurs que les gens ne s’en servent pas comme moi. Je me disais, on a limite de l’or chez soi et on devrait l’utiliser. Je pense que ça a vraiment influé sur qui je suis devenue, malgré tout depuis super jeune j’étais un peu considérée comme ‘l’informaticienne de la maison’, à 6 ans c’est moi qui faisait les branchements et tout (rires), du coup c’est comme si j’étais déjà destinée à être une petite gosse d’internet. Malgré tout j’avais quand même une mère très présente quand j’étais sur Internet, elle faisait attention à ce que je faisais tout en me laissant des libertés, parce qu’elle voyait que je pouvais enfin parler avec des gens même si c’était des inconnus. J’étais assez seule quand j’étais petite, et elle m’a vraiment laissé faire ce que je voulais tout en me laissant une certaine liberté.

Aujourd’hui en tant qu’artiste, comment tu utilises les réseaux sociaux ? 

Je pense que oui, justement ça peut trop propulser. Dans le sens où en plus aujourd’hui, il y a des artistes comme moi qui veulent juste faire leurs sons tranquille, on se sent un peu obligés de poster jour et nuit pour avoir du contenu et avoir du passage sur notre profil. Et au final ça vient bouffer tout le côté artistique et la créativité. C’est comme ça dans tout, parce qu’aujourd’hui avec les réseaux sociaux on peut percer en une heure. Je trouve que ça a pris une trop grande ampleur aujourd’hui, moi-même qui suis une enfant d’internet et qui a exploité cette ressource au maximum, je me suis un peu détachée de tout ça. Quand j’étais jeune, j’étais à fond sur les stories chaque jour, et franchement avec ce qui se passe aujourd’hui, j’ai plus trop envie de faire des contenus inutiles alors qu’il y a des trucs de ouf qui se passent partout dans le monde.

Comment tu t’es connecté avec Captaine Roshi ? Vous vous connaissiez ?

C’est drôle, parce que tout le monde a trouvé cette collaboration surprenante, sauf moi et lui et les gens qui nous connaissent, parce qu’on se connaît depuis assez longtemps, quand j’étais encore en seconde. C’était en 2015-2016 et du coup depuis le début on voulait faire du son, depuis ces années-là on s’y préparait quand même, ça s’était juste encore jamais fait parce qu’on était à fond dans nos projets respectifs. C’est une des seules personnes que j’ai connu à cette époque-là et qui avait vraiment la même motivation que moi et qui s’est bougé pour poursuivre ses rêves. J’ai énormément de respect pour lui et c’est vraiment une bonne personne. Quand on a enfin fait ce son, il est venu enregistrer le jour de son anniversaire au studio, c’est un truc qui m’a touché. Ce son, c’est un peu mon petit bijou du projet. Je savais qu’il allait faire pas mal de bruit, parce que déjà le feat est surprenant et qu’en plus de ça je place quelques mots en français et je savais que c’était quelque chose que beaucoup de gens attendaient. Il y a un clip qui va arriver avant la fin de l’année !

Tu comptes exploiter le français en musique désormais ?

Peut-être ! Ca s’est fait un peu par hasard, comme je faisais enfin un son avec Roshi et j’étais à l’aise sur le moment. Je suis encore toute gênée quand je m’entend en français et ça me fait cet effet à chaque fois que j’écoute le son (rires). Mais c’était cool, je pense que je le referai sûrement. Pour l’instant je ne peux pas l’assurer, parce que j’avais jamais été à l’aise avant ce moment-là à l’idée de rapper en français, là c’était déjà une ouverture pour moi de balancer deux phrases en français, c’est un grand pas. (rires)

Pourquoi est-ce plus dur de s’exprimer en français plutôt qu’en anglais ?

Déjà, quand je m’exprime en anglais, c’est pas ma langue natale, donc il y un peu cette barrière qui fait que je me sens moins dénudée. En fait si je chante une chanson en français je me sentirai comme toute nue devant les gens. En plus c’est différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent, d’autant plus que j’aime la langue française et que je ne veux pas la déformer, si je l’utilise je veux le faire bien. J’adore la langue française, elle doit être respectée et je ne l’utiliserai pas pour dire n’importe quoi.

On retrouve aussi Princesa Alba sur le projet, est-ce que tu peux me parler de cette artiste ?

Princesa Alba, en 2018, elle m’avait contacté pour qu’on fasse un son ensemble. J’étais surprise, elle vient de l’autre bout du monde, j’avais jamais entendu parler d’elle, elle était super connue. Du coup j’étais partante, elle était super sympa et j’ai directement kiffé ce qu’elle faisait. Elle était vraiment en mode soundcloud un peu comme moi et du coup je suis devenue super fan. Elle m’avait envoyé plusieurs sons, dont ‘Digital Enjoy’ pour sa mixtape, ça m’a amené énormément de fans d’Amérique Latine, j’en suis encore choquée aujourd’hui parce qu’aujourd’hui j’ai un bon nombre de fans d’Amérique latine et ils sont plus réactifs que n’importe qui. Du coup je suis super reconnaissante pour ça et j’avais envie qu’on fasse un son pour mon projet. Je me suis dit que ça ferait plaisir à mes fans d’Amérique latine et que ce serait leur style de musique à eux, j’ai voulu jouer sur ça et au final tout s’est très bien passé. Je ne l’ai jamais rencontré du coup mais j’espère la rencontrer bientôt, avec tout ce qui s’est passé cette année c’était compliqué !

D’ailleurs pour toi, comment s’est passé le confinement et cette année délicate ?

C’était ralenti, mais comme je peux travailler aussi de mon côté, j’ai pu faire tout ce que j’avais à faire. Malgré tout, ça changeait pas grand chose dans ma vie, à part pour les concerts, parce que la majorité de mon travail je le fais de chez moi. Donc en vrai ça allait, je pense même que j’ai tiré profit de toute la situation.

Est-ce que ça te dirait de te connecter avec des artistes française et féminines à l’avenir ?

Peut-être, moi je ne me mets pas de barrière ou quoi. J’ai pas spécialement pris l’initiative d’aller vers une artiste française parce que j’aime pas mettre d’étiquette sur le rap. Pour moi il n’y a pas de rap féminin, je suis en lien avec quelques artistes, mais on ressent que c’est différent entre meufs. En tout cas je suis ouverte, moi je veux juste collaborer et partager des trucs avec des gens. En tout cas une collaboration se prépare avec Sally, c’est la dernière artiste que j’ai rencontré et on s’entend super bien !

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