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Tiitof - TRENDS

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Tiitof : « Pour tout avoir, il faut tout donner »

Tiitof - TRENDS

Tiitof, c’est un artiste unique en son genre. Originaire de la Martinique et résident de Toulouse, il est présent sur la scène rap antillaise depuis des années maintenant et a été repéré très jeune. A tel point que l’artiste a arrêté ses études pour se consacrer pleinement à la musique. En 2016, il sortait donc son premier projet : #YDD Young Drug Dealers. Et ce, avant de révéler St Patrick l’année suivante, puis Midi Minuit en 2018. Déjà validé par les plus grands, proche de Meryl mais aussi de Kalash, il sortait son premier véritable album « Tout à gagner » le 10 avril dernier. Un projet introspectif et éclectique, dans lequel il a d’ailleurs convié ses amis Hornet la Frappe, Meryl et Landy, mais aussi Kodes. Productif, Tiitof a également profité du confinement pour sortir le clip de son poignant « Comme Papa », cinquième track du projet.

TRENDS : Enchantée Tiitof ! Comment s’est passé ton confinement ? Est-ce qu’il t’a permis d’augmenter ta productivité ?

Tiitof : Ca m’a permis déjà de pouvoir enregistrer à la maison, du coup j’ai pu augmenter ma productivité. J’ai pu poser à n’importe quel moment, n’importe quel jour, c’était quand même un plus de ce point de vue là. Même si j’ai créé mon home studio, je préfère quand même aller au studio… Après même si je suis souvent au studio, je peux pas y être tout le temps, alors que chez moi c’est là où je passe le plus de temps, surtout en confinement. Donc ça m’a permis de tout lâcher et tout créer sur place directement, sans attendre. J’avais pas le home studio dès le début, mais aujourd’hui je dois avoir environ 20 morceaux enregistrés…

A quel moment as-tu véritablement commencé la musique ?

Je fais de la musique depuis tout jeune, mais on va dire que ce n’était pas prioritaire dans ma vie avant. J’ai vraiment commencé à m’y consacrer quand j’ai compris que la musique pouvait me permettre de passer un step. Durant mes études j’étais plus dans la comptabilité, je visais travailler dans les banques tout ça…

Maintenant, tu préfères braquer la banque plutôt que d’y travailler ? 

(Rires) Toute façon braquer la banque j’y ai toujours pensé ! Franchement jusqu’ici je ne peux pas regretter mon choix de carrière, j’ai l’impression que ma vie est plus facile même si ça ne l’est pas tant que ça. Partout il y a des problèmes, donc j’en ai toujours mais ils sont autre part. Et quand on fait ce qu’on aime, tous ces « problèmes » passent beaucoup plus facilement. 

Du coup la musique est devenue ton métier aujourd’hui, tu en fais chaque jour ? 

J’en fais vraiment tous les jours, surtout avec le confinement et le home studio. Et là je ne te cache pas que je reviens du studio justement (rires). Tout à l’heure le réveil a sonné je suis parti directement et quand je suis ressorti les heures avaient passé… 

crédit photos : Fifou

Comment expliques-tu l’engouement actuel autour du rap antillais ? (Je pense à Kalash, je pense à Meryl…) 

Je dirai que c’est parce que nous les antillais, nos artistes on les a toujours aimé, mais pas au point de les pousser au niveau national. C’est à dire qu’aux Antilles on n’est pas trop sur les plateformes de streaming et sur les plateformes de téléchargement légal. Niveau musique c’est vraiment beaucoup plus illégal, de façon à pas payer. C’est notamment grâce aux combats que plusieurs ont mené, comme Kalash ou Meryl, que le fait de steamer est devenu banal. En Métropole ça a toujours été normal de streamer, mais aux Antilles pas du tout. Aujourd’hui les gens commencent à streamer et à acheter des albums parce qu’ils ont compris que s’ils le font, ça va pousser l’artiste. Moi quand j’ai commencé à entrer dans le game, j’ai tout de suite voulu habituer mon public à streamer. Tout ce que je lâchais gratuitement, je lâchais en stream aussi. Et jusqu’à maintenant c’est ce combat qu’on mène, parce que certes maintenant ils streament, mais ce sera toujours périodique… Quand un clip sort, ils vont continuer de télécharger le son et du coup les écoutes ne seront toujours pas comptabilisées… Mais on est en totale évolution et je pense que des artistes comme Kalash ou Meryl ont poussé le public antillais à se mettre au streaming aussi.

On remarque tout de suite dans la première interlude que c’était important pour toi de représenter ta communauté des îles et de porter les difficultés qu’elle rencontre dans ce projet. Est-ce que tu estimes que la France n’apporte pas assez son soutien aux Antilles, au niveau de l’accompagnement, de l’économie, des infrastructures, de l’école… ?

Je pense fortement que la métropole n’apporte pas l’aide nécessaire. Après je dirai aussi que pour apporter une aide, il faut savoir se débrouiller déjà par soi-même. Je pense que le problème vient des deux côtés, il faut que tout le monde puisse mettre la main à la patte et ça pourrait vraiment faire du bon. C’est justement en train de se faire actuellement et c’est jouissif, ce serait beau que tout évolue. C’était important de porter ces messages dans le projet et je pense que beaucoup se sentent concernés. J’ai notamment vu les retours sur les interludes sur les réseaux, il y en a beaucoup qui se sentent concernés. Ca prouve que le problème est là et qu’il est vrai. 

Pour l’écriture de tes interludes, tu as fait appel à Jacob Desvarieux. Comment tu l’as rencontré et comment tu as eu l’idée de t’en rapprocher ?

Jacob était en contact avec ma cheffe de projet déjà de base. Après moi, j’ai toujours voulu faire des interludes. J’avoue aussi que j’avais kiffé les interludes d’SCH sur son projet Jvlivs. Du coup, comme Tout à gagner c’est vraiment mon premier projet que je voulais pousser au natio (national, ndlr), c’est mon premier album, j’ai pensé que c’était carrément le bon moment pour tracer une histoire. Et les interludes c’est totalement ça, c’est apporter une histoire dans un album. J’ai soumis l’idée des interludes et tout le monde était d’accord, donc on les a écrit avec FURAX, celui qui avait d’ailleurs écrit les interludes de SCH. On a discuté avec lui, il nous a posé des questions sur notre manière de vivre et avec nos réponses il a su écrire de façon poétique. On a tout envoyé à Jacob et il a kiffé les sons, il a kiffé les textes et il s’est senti concerné. Il a adhéré à l’idéologie du projet et il s’y est investi, donc voilà ça ne fait que plaisir. Ce que je raconte c’est des problèmes qu’il y a depuis années, donc il n’y a pas que nous qui l’avons vécu et il s’est forcément senti concerné. 

Tes premiers projets ont su faire leur bruit auprès du public martiniquais et antillais, tu as participé à de nombreuses interviews, mais aussi aux Hit Local Awards. J’ai l’impression que néanmoins, le public francilien t’a vraiment découvert avec Tout à gagner, comment tu expliques cette évolution ? C’est peut-être aussi parce que tu l’as travaillé différemment que les précédents ? 

Je pense, parce que pour tout avoir il faut tout donner. Ma musique avant c’était vraiment par plaisir, par hobby, parce que j’aimais ça. Quand j’ai commencé à comprendre que la musique pouvait générer un business, qu’il y avait possibilité de, je me suis ok, il faut se concentrer. Donc oui je pense que c’est ça, puis aussi le fait que j’y croyais pas forcément à fond avant. Et si j’ai un message à faire passer à mon public ou à des jeunes artistes qui voudraient se lancer, c’est vraiment d’y croire et pas d’attendre que d’autres personnes y croient pour y aller. 

Tu remarques que ta fanbase s’est élargie depuis la sortie de ton projet ? Notamment au niveau du public de la métropole ? 

Oui clairement. Je trouve que sur ces cinq dernières années le public de la métropole s’est vraiment élargi, et la culture créole prend au fur et à mesure beaucoup plus de place. On retrouve de plus en plus de restos antillais, de magasins… Et il y a aussi beaucoup plus d’antillais en métropole. Donc c’est vraiment la suite logique je pense, tout ça agit sur la musique et l’élargissement du public. 

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour la création de ce projet ? Le rap français, américain

Moi je m’inspire vraiment du local… Après j’essaie de rendre compréhensible le local pour la métropole, en fonction de ce qui peut plaire au public national en gros. J’adapte un peu, je fais mon mélange. Après je pourrais pas dire que je m’inspire du rap français ou quoi, non. Quand je réécoute mes morceaux d’avant où je chantais tout en créole, je me dis que je dois pas perdre ça, j’adapte juste comme tout le monde le fait. Jusqu’à maintenant de toute façon j’écoute du Kassav, du créole à l’ancienne.

As-tu toujours besoin de retourner en Martinique pour créer et retrouver tes racines, comme tu l’as d’ailleurs déjà évoqué ? 

Toujours ! Toute façon même moi je le ressens, il y a des choses qu’on vit aux Antilles et qu’on peut pas vivre en France. Et inversement. Par exemple aux Antilles il n’y a pas de métro, le soir il y a les criquets et le matin il y a les oiseaux. Je sais pas comment expliquer mais tu vois, l’odeur est différente, il y a plein de choses qui sont différentes… Du coup c’est clair qu’en restant trop longtemps éloigné, il y a des choses que tu perds, il y a des souvenirs qui en remplacent d’autres ou qui s’affaissent sur d’autres. Redescendre, ça ravive toujours la flamme. En vrai je pense que le public natio est accroché aussi à Tiitof et à tout ce qui suit, par rapport à notre façon de vivre, de nous habiller, même de notre accent, notre façon de prononcer les ‘r’… Plein de choses montrent qu’on a aussi des qualités donc il faut s’y accrocher. 

On sent la hargne et la détermination dans ce titre : Tout à gagner. Tu peux nous expliquer ce qu’il signifie ? 

Je suis déterminé à fond. Déjà avant de sortir ce projet j’avais lâché un petit EP de cinq sons sur Youtube qui s’appelait ‘Rien à perdre’. Et c’est carrément ça l’idée, on vient de tellement de loin. On est 400 000 sur l’île, c’est tout petit, ça fait même pas Paris, donc il faut réaliser quoi… Maintenant quand j’arrive en Métropole, en France, on me reconnaît, on me demande des photos, c’est quand même exceptionnel. Moi j’avais rien à perdre, j’étais comme tous ceux qui sont toujours au bled, je faisais les mêmes choses qu’eux, j’y ai juste cru et voilà. 

Hornet La Frappe t’a invité sur son Planète Rap, il est venu chez toi pour le tournage du clip de Triste mélodie, tout comme Landy pour BAGAY BEL… Comment se sont faites les connexions avec Hornet et Landy ?

Hornet c’est la famille ! J’ai eu son contact par rapport à Guilty en travaillant sur Tout à gagner. Je cherchais des feats et Hornet c’est quelqu’un que j’ai toujours kiffé, j’ai toujours rêvé de feater avec lui. Et je ne savais même, mais il écoutait déjà mes sons via un membre de sa famille. Il a kiffé et il a directement dit oui, après il a quand même fallu qu’on se rencontre pour voir ce que ça donnait humainement… Le feeling est carrément passé et j’ai découvert qu’il est vrai, il est comme moi. Hornet en vrai il a même mentalité que ma cité. Je le laisse tout seul dans ma cité il y a aucun problème, d’ailleurs ça s’est fait hein, il est descendu et il était au calme. Les mecs le ressentent quand t’es vrai, du coup après ça on a fait le son, il m’a invité à son Planète Rap, j’ai dit oui direct. Franchement c’est la meilleure personne que j’ai pu rencontrer dans ma vie, c’est un bon. Et Landy lui aussi c’est la famille, mais pour le coup on s’est vraiment connus par rapport à nos contacts dans la rue. Et c’est pareil hein, j’ai été dans son quartier j’ai vu que c’était du vrai, que j’étais au calme. Lui aussi est descendu pour clipper, il était déjà venu en Guadeloupe et en Martinique, on a vu qu’on avait justement les mêmes connaissances et que c’était pas du faux. Toute façon pour moi, du moment que tu restes vrai et qu’il n’y a pas de problème, c’est bon. Il faut juste rester soi-même.

crédit photos : Fifou

Trap prédominante, sonorités mélancoliques, mélodies plus pop comme pour le feat avec Hornet… On remarque un ensemble très éclectique dans ce projet. Il fallait que ce projet porte différentes couleurs ?

Oui, franchement ça pour moi c’était important. Parce que je voulais montrer aussi que je suis pas enfermé sur une seule chose, je fais diverses choses et j’écoute de tout. Je peux écouter Angèle, comme je peux écouter Ninho, comme je peux écouter Kalash Criminel, j’ai aucun souci avec la musique. Je voulais vraiment montrer que j’aime la musique et que je ne suis pas bloqué sur le rap ou la trap, non pas du tout. Et aussi, parce que j’ai compris qu’à travers chaque style de musique on pouvait retranscrire différentes émotions. Par exemple si tu veux chanter pour une meuf, ça passera toujours mieux si tu le fais à la Dadju plutôt qu’à la façon de Kalash Criminel, je sais pas si tu vois ce que je veux dire ? (rires) De toute façon on est en 2020, je pense que le public aime pas s’enfermer dans un style de musique et c’est pas forcément bon non plus pour l’évolution de l’artiste. 

Est-ce qu’il y avait un objectif particulier avec la sortie de ce projet ? 

J’avais un objectif et je peux dire qu’il est atteint. Parce que l’objectif principal était vraiment de mettre un pied dans le natio, je ne voulais pas que la musique uniquement soit reconnue, mais le personnage. Je voulais que l’artiste en lui-même, moi, soit identifié et reconnu. J’avais pas envie qu’on dise ‘ah oui j’ai déjà entendu ce son en soirée’, ‘ah oui il a fait un feat avec un tel’, je voulais vraiment que les gens me reconnaissent. Je pense que cet objectif est atteint et on va essayer de passer un autre step maintenant. 

Niska ou encore Booba t’ont validé, ça peut donner des idées… Est-ce qu’il y a des artistes avec lesquels tu aimerais collaborer sur le prochain ?

Ah oui quand même, je mens pas… Mais après il y en a tellement… J’avoue que bon, un Ninho, Koba, SCH sur le prochain projet je dis pas non (rires). Toute façon on a charbonné pour se faire connaître, faut bien que ça paye aussi un jour. 

Toi qui bosse avec le Katrina Squad, vous avez des connaissances en commun avec SCH… Depuis combien de temps travailles-tu avec Guilty d’ailleurs ?

Exactement ! La maison mère (rires). Bah écoute depuis ce projet-là on travaille ensemble, donc ça va faire un an. Guilty c’est vraiment une personne bien, assez direct. On s’est rencontrés et humainement ça le fait aussi. On sait tous les deux comment on travaille et franchement c’est une personne que j’aime beaucoup. Donc je ne vois pas pourquoi on arrêterait de travailler ensemble… En plus d’être une personne que j’adore, les beats de Katrina Squad c’est de la tuerie !

Que peut-on te souhaiter pour la suite ? 

Bah un feat avec SCH ! (rires) Non je rigole, mais franchement ce serait bien qu’on continue sur cette lancée, que je me fasse encore plus connaître et que la musique afro-caribéenne puisse avancer aussi. J’ai tout donné donc ce serait bien que je puisse tout gagner maintenant.

A l'occasion de la sortie de son premier album "L&F", Tiitof est revenu sur ses racines, ses envies et ses motivations à travers une interview pour TRENDS.
crédit photos : Fifou

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